Charles X

(Versailles, 1757 — Goritz, près de Trieste, ville aujourd'hui partagée entre Gorizia, en Italie, et Nova Gorica, en Yougoslavie, 1836)

Roi de France.

Charles X, comte d'Artois, est le troisième fils du Dauphin Louis, fils unique de Louis XV, et de Marie-Josèphe de Saxe. Il perd ses parents très jeune et reçoit l'éducation d'un prince qui n'est pas destiné à régner: peu de travail sérieux, car l'enfant n'a aucun goût pour les études, mais beaucoup de politesse et de science du monde, ce qui le fait apprécier, en comparaison de ses deux frères, le futur Louis XVI et le comte de Provence (futur Louis XVIII), plutôt balourds.

Un dandy absolutiste

Le comte d'Artois est beau, ses jolis traits complètent une taille haute et svelte, et il monte bien à cheval. Mais son ignorance est extrême dans tous les domaines. Il est marié à seize ans avec la princesse Marie-Thérèse de Savoie, qui lui donne deux fils: en 1775 le duc d'Angoulême et, en 1778, le duc de Berry, alors que ses deux frères, mariés également, n'ont pas encore de descendance. Cependant, le jeune couple se désunit très vite. Le comte d'Artois délaisse sa femme, qui s'en venge bien, mais on étouffe les divers scandales. Le jeune prince dépense sans compter, au jeu surtout. Le roi Louis XVI doit souvent régler les dettes de Charles car les revenus de son apanage ne lui suffisent pas. À la cour, il vit dans l'entourage étroit de Marie-Antoinette (c'est à la suite d'un pari avec la reine qu'il fait construire en soixante-quatre jours la «folie» de Bagatelle). Il se lie à Mme de Polastron, parente de la duchesse de Polignac, et a pour elle une affection durable: elle sera jusqu'à sa mort sa maîtresse en titre. Ainsi, cet homme de plaisirs participe peu à la vie politique, se contentant d'afficher les réflexes de son clan: il s'oppose aux projets financiers de Calonne, lors de l'Assemblée des notables (1787), et affiche sa réticence quand il s'agit de convoquer les États généraux, protestant contre le doublement des effectifs du tiers état. La Révolution lui paraît menaçante et il comprend si bien le sens qu'il faut donner à la prise de la Bastille, que le 16 juillet 1789, il est l'un des premiers à émigrer. Son exil va durer vingt-cinq ans.

La fidélité à l'Ancien Régime

Charles réside dans des cours étrangères et sollicite en vain leur intervention dans les affaires françaises. En juin 1791, l'émigration du comte de Provence, son frère aîné, lui ôte la direction des opérations (il a inspiré la déclaration de Brunswick et participera à la bataille de Valmy). Les deux frères se haïssent et leurs conflits sont incessants. Le comte d'Artois dispose de ses propres agents en France. Il incite aux soulèvements et, avec l'aide britannique, ranime en 1795 la guerre de Vendée.

Lors de l'invasion de la France, en 1814, il suit les armées des coalisés et fait remplacer la cocarde tricolore par la cocarde blanche. Louis XVIII le nomme lieutenant général du royaume, charge qu'il exerce du 14 avril au 3 mai 1814. Il prononce alors cette phrase heureuse pour rassurer une opinion inquiète: «Il n'y a rien de changé en France, il n'y a qu'un Français de plus.» Mais il attend longtemps avant de prêter serment à la Charte et se révèle incapable d'arrêter devant Lyon, en mars 1815, Napoléon qui rentre de l'île d'Elbe. Sous la seconde Restauration, il prend la tête de l'opposition à la politique libérale de Louis XVIII; en 1820, après l'assassinat de son fils, le duc de Berry, il obtient le renvoi du ministre Decazes et inspire un système de réaction.

Devenu roi en 1824 sous le nom de Charles X, il s'emploie à rétablir tout ce qu'il peut des coutumes de l'Ancien Régime. Son sacre à Reims semble à beaucoup un raffinement archaïque, et sa piété ostentatoire choque: des opposants chuchotent, dans le peuple, qu'il s'est fait prêtre. Charles X désire surtout s'affranchir du contrôle parlementaire. Il préfère, dit-il, «scier du bois plutôt que de régner à la façon du roi d'Angleterre». Son ignorance de la réalité politique l'amène à prendre une série de mesures impopulaires (loi sur le sacrilège et loi sur «le milliard des immigrés» en 1825; censure de la presse par la loi dite «de justice et d'amour», en 1826). Il forme le 8 août 1829 un ministère avec Polignac, à sa dévotion: il pense alors revenir sur les principes de la Charte. C'est pourquoi, après avoir, pour flatter l'opinion, engagé l'opération qui aboutira à la prise d'Alger, il menace, dans son discours du trône du 2 mars 1830, l'Assemblée de dissolution. Celle-ci riposte par «l'adresse des 221», vote de défiance à l'égard du ministère. Le 18 mars, Charles X renvoie la Chambre: les élections donnent la majorité à l'opposition (274 députés contre 143). Charles X prend alors le 25 juillet quatre ordonnances qui, entre autres, modifient la loi électorale et suppriment la liberté de presse. C'est la révolution à Paris, les «Trois Glorieuses» (27, 28 et 29 juillet): Charles X résiste d'abord («J'aime mieux monter à cheval qu'en charrette») puis retire les ordonnances et abdique au profit du duc de Bordeaux, son petit-fils. Le roi prend le chemin d'un exil définitif: installé d'abord en Écosse, il s'établira à Prague, où il mènera une vie retirée et pieuse.