Charles V le Sage

(Vincennes, 1338 — Nogent-sur-Marne, 1380).

Roi de France.

Fils aîné de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg, Charles V est représenté frêle et chétif par une statue du Louvre: il doit sa constitution fragile à une maladie contractée dans sa jeunesse. C'est davantage un homme de cabinet qu'un homme de guerre.

Le «dauphin royal»

Dauphin de Viennois (c'est le titre de l'héritier du trône de France depuis la toute récente acquisition du Dauphiné), il épouse Jeanne de Bourbon en 1350, devient duc de Normandie en 1355 et se signale par une intrigue menée avec Charles le Mauvais, roi de Navarre, contre son père le roi Jean. L'année suivante, le désastre de Poitiers et la captivité du roi le poussent au premier plan. Lieutenant général du roi, il gouverne au milieu des pires difficultés: il fait face aux intrigues navarraises, à la tentative des états pour contrôler le gouvernement du royaume, à la jacquerie, tout en s'efforçant de conclure une paix point trop catastrophique avec l'Angleterre. Il sort victorieux de la tentative de révolution menée par Étienne Marcel en 1358, et la paix de Brétigny ramène Jean le Bon en France. Le dauphin s'efface, mais il conserve suffisamment d'autorité pour s'opposer aux concessions exorbitantes que son père est prêt à faire aux Anglais afin de hâter le règlement de sa rançon.

La réorganisation du royaume

Le 5 avril 1364, Charles devient roi. Aidé par de fidèles conseillers comme Du Guesclin et Jean de Vienne, il remet de l'ordre dans le royaume: élimination de la menace navarraise, grâce à la victoire remportée à Cocherel par Du Guesclin en mai 1364; neutralisation provisoire de la Bretagne; évacuation vers l'Espagne des compagnies de routiers, qui, désœuvrées à la suite de la paix avec l'Angleterre, ravageaient la France. Il réussit enfin un maître coup diplomatique en mariant son plus jeune frère Philippe à l'héritière du comté de Flandre. Les impôts établis pour payer la rançon de Jean alimentent le Trésor de façon médiocre mais régulière et permettent à Charles V d'entretenir une petite armée et de relever les murailles des villes et des forteresses.

La reprise de la guerre contre l'Angleterre

Lorsque des seigneurs gascons, mécontents de l'administration anglaise, font appel au parlement de Paris en 1368, Charles V profite de ce casus belli pour reprendre la guerre. Laissant les Anglais s'épuiser en vaines chevauchées, il impose à ses capitaines une tactique militaire faite de coups de main et d'escarmouches, tactique sans grandeur mais parfaitement adaptée aux faibles moyens dont dispose le roi. Il peut reconquérir tous les territoires perdus à Brétigny, mais il ne parvient pas à vaincre définitivement ses adversaires: on en revient à la situation de départ et les négociations menées de 1375 à 1380 butent toujours sur la question de la souveraineté de la Guyenne, qui fut à l'origine de la guerre de Cent Ans.

Les progrès du pouvoir royal

Le règne de Charles V le Sage est marqué par les progrès du pouvoir royal. Ce roi lettré, qui passait des heures dans sa «librairie» du Louvre, a puisé dans Aristote, qu'il fit traduire, quelques principes de gouvernement exposés en partie dans le Songe du verger: le roi n'est pas seulement l'oint du Seigneur, mais il est encore le gardien de la «République», dont les actes, guidés par la raison, doivent se conformer à certaines règles. En même temps, une véritable religion monarchique, portant haut la majesté royale, est popularisée par des textes comme le Traité du Sacre. Les difficultés, les erreurs, même, de la fin du règne ne permettent pas d'adhérer pleinement au jugement enthousiaste porté par Christine de Pisan (sa principale panégyriste). L'œuvre de ce sage (sage en ce sens qu'il a adapté sa politique à ses moyens) n'en reste pas moins méritoire.