
(Paris, 1368 — Paris, 1422)
Roi de France.
Fils de Charles V et de Jeanne de Bourbon, sacré à Reims à douze ans, il est placé sous la tutelle de ses oncles, les ducs d'Anjou, de Berry et de Bourgogne.
Le duc de Bourgogne, Philippe II le Hardi, le plus puissant des oncles de Charles VI, utilise son autorité sur le roi pour mener sa politique d'expansion aux Pays-Bas: expéditions militaires en Flandre; mariage du jeune roi, le 17 juillet 1385, avec Isabeau de Bavière, de la famille des Wittelsbach. Or les Wittelsbach tiennent, aux Pays-Bas, le Hainaut, la Zélande et la Hollande, et des liens matrimoniaux unissent cette famille à celle de Bourgogne.
Charles VI, velléitaire, mou, peu mûr, accepte cette tutelle et la vie de plaisir qu'on lui fait mener. En octobre 1388, cependant, poussé par sa femme et par son jeune frère, le futur duc d'Orléans, il décide de prendre en main le gouvernement du royaume et chasse ses oncles du Conseil. En fait, il laisse agir en son nom une équipe d'anciens serviteurs de son père, les «Marmousets», mais il est décidé à rétablir la bonne administration qui prévalait sous Charles V. Cette expérience, qui lui a valu le surnom de Bien-Aimé, prend fin quatre ans plus tard, après la première crise de folie du roi.
Lorsqu'il décida de diriger lui-même son royaume en 1388, Charles VI constitua un équipe gouvernementale recrutée pour l'essentiel dans la petite noblesse: pour cette raison, les princes du sang affublèrent les conseillers du roi, leurs adversaires, du nom ridicule de «marmousets» (petites figures grotesques). Ceux qui avaient fait partie du Conseil royal au temps de Charles V avaient été écartés (mais non pas éliminés complètement des affaires) par les princes, lorsque ceux-ci exercèrent la tutelle de Charles VI enfant, de 1380 à 1388. Revenus au pouvoir après l'exil des oncles, ils s'efforcèrent de mettre fin à la dilapidation des deniers publics et aux abus de l'administration. La folie du roi entraîna, en 1392, le retour des princes et la disgrâce des marmousets, dont les mieux connus sont Clisson, le connétable, Bureau de la Rivière, et Jean de Vienne.
La première crise de folie du roi survient lors d'une expédition conduite par le connétable Olivier de Clisson en Bretagne: Charles VI, mal remis d'une typhoïde qui l'a laissé dans un état d'excitation extrême, devient fou lors de la traversée de la forêt du Mans, le 5 août 1392.
Tout son règne est marqué par l'alternance de longues crises de démence et de brèves périodes de lucidité: au total, il a eu quarante-quatre attaques, dont chacune dura de trois à neuf mois. Dans ses périodes de lucidité, il est instable, sans mémoire, sans volonté; il est encore capable d'agir, de prendre quelques décisions, mais il ne peut diriger une politique. Tout au plus remarque-t-on qu'il soutient plutôt son frère, Louis d'Orléans, contre son oncle Philippe de Bourgogne. Mais la politique du royaume lui échappe: précieux otage aux mains des factions aristocratiques qui se disputent le pouvoir, il ne peut que couvrir leurs politiques contradictoires. Car, malgré sa folie, son prestige auprès de ses sujets demeure pratiquement intact et, à aucun moment, il n'a été question de le détrôner: même le roi d'Angleterre Henri V, vainqueur, accepte d'attendre sa mort pour lui succéder et réaliser l'union des deux royaumes.
Le malheureux roi n'est donc en rien responsable de son règne, marqué par la tension croissante entre les Orléans et la maison de Bourgogne, puis par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Soutenu par Isabeau, le parti bourguignon triomphe et Jean sans Peur (qui a fait assassiner Louis d'Orléans en 1407), après avoir fait un pacte avec les Anglais, s'empare de Paris où il gouverne à la place de Charles VI. Après la mort de Jean sans Peur (tué lors de l'entrevue de Montereau, en 1419), son successeur Philippe le Bon s'entend avec l'Angleterre et Isabeau pour livrer la France à Henri V. Ce dernier débarque en Normandie et écrase la chevalerie française à Azincourt (1415). Il obtient de Charles VI la main de sa fille Catherine, ce qui le désigne comme héritier du royaume (traité de Troyes, 1420), au détriment du dauphin, le futur Charles VII.
Charles VI meurt le 21 octobre 1422, abandonné de tous et dans un dénuement complet. Le 11 novembre, il est inhumé à Saint-Denis: le duc de Bedford, régent anglais du royaume de France, assiste, seul des princes de son rang, à la cérémonie.