Charles VII le Victorieux

(Paris, 1403 — Mehun-sur-Yèvre, 1461)

Roi de France.

Fils de Charles VI et d'Isabeau de Bavière, fiancé très jeune à Marie d'Anjou, Charles est éduqué par sa belle-mère Yolande, duchesse d'Anjou et reine de Sicile.

Du «roi de Bourges» au roi de France

Comte de Poitiers, puis duc de Touraine, Charles ne fut guère préparé à son métier de roi, car il n'était que le troisième fils de Charles VI. La mort prématurée et successive de ses frères aînés, Louis de Guyenne (1415) puis Jean de Touraine (1417), le place dans la position de dauphin à quatorze ans.

Contexte du début de règne

L'époque est sombre: guerre civile et invasion anglaise sous l'autorité du duc de Bedford interfèrent pour plonger le royaume dans une crise sans précédent. Charles devient par la force des choses le porte-drapeau du parti armagnac. Il subit un choc très rude quand, en 1418, il doit fuir Paris, tombé aux mains des Bourguignons, puis lorsque, l'année suivante, le meurtre de Jean sans Peur (à Montereau), qu'il n'a peut-être pas voulu mais qu'il a laissé s'accomplir, amène une alliance étroite anglo-bourguignonne, le traité de Troyes (1420) et son déshéritement au profit d'Henri V d'Angleterre. Si l'on ajoute à cela les ragots, justifiés, qui courent sur la conduite de sa mère (si bien que longtemps il a eu des doutes sur la légitimité de sa naissance), on peut expliquer l'apathie dont il fit preuve au début de son règne.

Le «roi de Bourges»

Chassé de Paris, Charles se retire à Bourges, où il vit entouré de conseillers armagnacs, qui voient en l'hostilité absolue à la Bourgogne la seule politique possible pour garder places et avantages. C'est là qu'en 1422, à la mort de son père, il se proclame roi de France.

Le pauvre roi de Bourges possède pourtant des atouts. Il a l'appui des maisons princières d'Anjou, d'Orléans et de Bourbon; son autorité est parfaitement reconnue sur un groupe compact de territoires situés au sud de la Loire; enfin, il a l'appui des fonctionnaires, du personnel monarchique resté fidèle, dans sa masse, à l'héritier légitime.

Dissimulé, obsédé par la crainte de la trahison, ce roi chétif laisse agir son entourage: s'il chasse les Armagnacs en 1425, c'est pour laisser le pouvoir au comte de Richemont et à la faction angevine; du moins celle-ci travaille-t-elle à obtenir la réconciliation avec le duc de Bourgogne.

Vers la légitimation

Assisté d'une armée désorganisée, puisque non régulière, dépourvu de soutiens et d'alliances importants, et, surtout, confronté à de graves problèmes financiers, Charles subit deux défaites importantes: Cravant (1423) et Verneuil (1424). Forts de leur supériorité, les Anglais entreprennent le siège d'Orléans (octobre 1428), espérant prendre la ville et annihiler la résistance. Alors qu'ils sont sur le point d'aboutir, le roi et ses conseillers jouent leur dernière carte: mettre à la tête de l'armée, un peu comme une mascotte, une jeune Lorraine, Jeanne d'Arc, qui se dit envoyée de Dieu pour proclamer la légitimité de Charles et chasser les Anglais du royaume. La dernière armée de Charles VII libère Orléans le 8 mai 1429. Cette même année, l'arrivée de Jeanne d'Arc à Chinon et le sacre à Reims (17 juillet) rendent confiance à Charles VII, qui se trouve maintenant légitimé.

Le «Bien servi»

Le roi a été surnommé « Bien servi » parce qu'il avait le don de choisir ses collaborateurs. En effet, s'il n'occupe guère le devant de la scène, il est indéniable que Charles VII a su, à partir des années 1435-1440, s'entourer d'hommes capables: des capitaines comme Dunois et La Hire, des techniciens comme les frères Bureau, créateurs de l'artillerie royale, des conseillers comme Pierre de Brézé et Jacques Cœur ont contribué pour beaucoup au «sérieux» de la deuxième partie de son règne.

Le «Victorieux»

Libération du royaume, occupé par les Anglais, et réorganisation du pouvoir royal, tels sont les deux titres de gloire de Charles VII.

La reconstitution du pouvoir royal

 

Le premier grand succès diplomatique est le traité d'Arras (1435), où les Bourguignons et les Anglais rompent leur alliance. En 1436, le connétable de Richemont reprend Paris, ouvrant la voie à la libération progressive du territoire par Dunois, La Hire, Xaintrailles (de 1437 à 1440, notamment). La trêve signée à Tours en 1444 a été mise à profit pour forger les instruments du succès militaire et du renforcement du pouvoir royal: armée permanente avec la création des compagnies d'ordonnance et des francs archers , impôt direct permanent; réorganisation de la justice royale, installation d'une administration fiscale solide. Grâce à la campagne de Formigny, la Normandie est enlevée aux Anglais (1450), suivie de Bordeaux et de la Guyenne après la bataille de Castillon (1453). Dès lors, les Anglais ne tiennent plus que Calais.

Les intrigues nobiliaires

Cet affermissement de l'autorité royale provoque de vifs mécontentements, dont témoignent, dès 1440, la révolte nobiliaire de la Praguerie (nommée ainsi par allusion à la révolte des hussites à Prague) puis le procès du duc d'Alençon, Jean II, accusé d'intelligences avec les Anglais et condamné par la Cour des pairs (1458). La puissance bourguignonne n'est pas étrangère à ces intrigues: en accueillant le dauphin Louis (le futur Louis XI), en froid avec son père, ne cherche-t-elle pas à gêner le roi? Charles VII, conscient de ce danger, a pris des précautions en établissant une forte influence française en Lorraine et en intriguant avec succès contre Philippe le Bon (duc de Bourgogne, le père de Charles le Téméraire) en Allemagne.

A sa mort, il laisse un pays libre (certes ruiné par la guerre, mais dont la reconstruction a commencé), un État réorganisé qui a retrouvé son prestige en Europe, comme en témoigne le rôle important joué par les diplomates français quand on redoute un nouveau schisme dans l'Église.