Charles VIII l'Affable

(Amboise, 1470 — Amboise, 1498)

Roi de France (1483-1498).

Charles VIII n'avait que treize ans à la mort de son père, Louis XI, qui avait confié la charge du royaume à sa fille aînée, Anne de Beaujeu, jusqu'à la majorité du jeune roi. Anne gouverna avec son époux Pierre de Beaujeu ; ils durent faire face à l'hostilité d'une partie de la noblesse, emmenée par Louis d'Orléans, oncle de Charles VIII et futur Louis XII ; la rébellion culmina dans la Guerre folle, qui se termina par la défaite des conjurés. Louis d'Orléans fut fait prisonnier, et Charles VIII le libéra en juin 1491, marquant ainsi par un acte d'éclat qu'il assumait désormais la charge du royaume, d'une part, et qu'il souhaitait l'alliance entre les différentes familles princières, d'autre part.

Mariage avec Anne de Bretagne

Le duc de Bretagne avait lui aussi pris une large part à l'insurrection, mais il mourut le 9 septembre 1488 ; l'héritière du duché, Anne de Bretagne, au terme de longues négociations et du siège de Rennes par Charles VIII, dut renoncer à son projet de mariage avec Maximilien de Habsbourg ; elle épousa le roi de France et les deux époux se cédèrent mutuellement tous leurs droits sur le duché de Bretagne ; en outre, Anne s'engagea, si Charles VIII mourait sans héritier, à n'épouser que son successeur sur le trône de France. Le mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne fut célébré le 6 décembre 1491.

Début des guerres d'Italie

La première et principale entreprise politique du règne de Charles VIII fut la conquête de l'Italie, que le roi prépara dès 1492. Il y fut poussé par l'un de ses principaux conseillers, Guillaume Briçonnet père, alors un important financier qui ne cessera de s'élever dans la hiérarchie de l'État royal. Charles VIII voulait faire valoir ses droits sur le royaume de Naples, que René d'Anjou avait légué à Louis XI, mais sur lequel régnait la maison d'Aragon. L'entreprise italienne fut aussi pour le roi l'occasion de détourner une jeune noblesse française remuante vers des horizons extérieurs  la Guerre folle était encore très présente dans les mémoires  , et de consolider ainsi son pouvoir dans son propre royaume. De plus, le roi, nourri de lectures chevaleresques durant son enfance, caressait peut-être l'espoir d'une nouvelle croisade.

Une entreprise bien préparée

L'expédition fut minutieusement préparée par des traités qui laissaient le roi libre d'agir en Italie : le traité d'Étaples, en 1492, dédommageait le roi d'Angleterre, Henri VII, pour l'abandon de ses droits sur la Bretagne ; celui de Barcelone, en janvier 1493, cédait la Cerdagne à l'Espagne ; le traité de Senlis, en juin 1493, avec le Habsbourg Maximilien Ier, lui reconnaissait la possession de l'Artois, de la Franche-Comté et du Charolais ; le pape, Alexandre VI, se montra d'abord favorable à l'intervention française contre les Aragonais. Enfin, l'armée française était bien équipée, et son artillerie était la meilleure d'Europe.

Conquête et perte de Milan et de Naples

A la mort de Ferrant Ier d'Aragon, roi de Naples, en janvier 1494, Charles VIII revendiqua ouvertement la succession ; il entra dans Milan, parcourut la Toscane, rencontrant Savonarole à Florence, puis occupa Rome, où il se fit le défenseur du gallicanisme. Il se rendit facilement maître de Naples, où il entra le 22 février 1495. Mais bientôt une vaste coalition se forma contre lui, réunissant le pape, Venise, Milan, le Habsbourg et l'Espagne. Le retour vers la France s'effectua dans des conditions difficiles : les Français restés à Naples durent fuir ou furent tués ; Charles VIII vainquit les confédérés, bien supérieurs en nombre, lors de la bataille de Fornoue (6 juillet 1495), où s'illustra à nouveau la furia francese (la «furie française» déployée par les hommes d'armes) ; mais il dut restituer Novare à Ludovic Sforza pour enfin rentrer en France, les Espagnols menaçant de passer les Pyrénées.

Un règne de transition

Charles VIII nourrissait des sentiments paternalistes à l'égard de ses sujets ; il tenta de moraliser l'attribution des offices royaux et des sièges épiscopaux, continuant ainsi l'œuvre de transformation des seigneurs féodaux en noblesse au service d'une puissante monarchie ; il poursuivit la politique d'Anne de Beaujeu en matière de tailles, celles-ci restant tout au long de son règne inférieures à ce qu'elles étaient sous Louis XI. Mais si cette politique fut populaire, elle ne pouvait parvenir à remplir les caisses du trésor, même si l'aventure italienne n'avait pas coûté cher, les troupes vivant sur le pays conquis ; aussi, en 1498, le roi était-il endetté, et Louis XII devra relever le niveau des impôts.

Charles VIII mourut accidentellement au château d'Amboise, des suites d'un choc à la tête contre une porte basse. «Étant le roi en cette grande glore, quant au monde, et en bon vouloir, quant à Dieu, l'an mille quatre cent quatre-vingt-dix-huit, veille de Pâques fleuries, il partit de la chambre de la reine Anne de Bretagne sa femme, et la mena quant et lui pour voir jouer à la paume ceux qui jouaient aux fossés du château. [] Et entrèrent ensemble en une galerie, qu'on appelait Hacquelebac et était le plus déshonnête lieu de céans, car tout le monde y pissait, et était rompue à l'entrée; et s'y heurta le roi, du front contre l'huis, combien qu'il fut petit [] La dernière parole qu'il prononçât jamais en devisant en santé, c'était qu'il aviat espérance de ne jamais avoir fait péché mortel, ni véniel s'il pouvait; et en disant cette parole, il chut à l'envers et perdit la parole.» (Philippe de Commynes, Mémoires).

Mort sans enfant vivant, sa couronne passa à la branche d'Orléans et à son cousin Louis. Charles VIII fut le dernier des Valois de la branche aînée.

Les historiens ont longtemps vu en lui un souverain de peu de valeur, mais son court règne marque cependant l'introduction, en France, des idéaux et de l'art de la Renaissance italienne ; en outre, le début des guerres d'Italie inaugure une politique royale annexionniste que poursuivront ses successeurs, jusqu'à Henri II.