
(Château de Saint-Germain-en-Laye, 1550 — Château de Vincennes, 1574)
Roi de France (1560-1574).
Le règne de Charles IX fut marqué par le massacre de la Saint-Barthélemy. Souvent présenté comme un roi faible, écrasé par la personnalité de sa mère, incapable de trancher dans la lutte entre les factions catholique et réformée, Charles IX est l'un des personnages les plus controversés de l'histoire de France, et l'un des plus obscurs : les plus tragiques décisions de son règne ont été prises en secret, et il est parfois difficile d'évaluer sa part de responsabilité dans les drames qui se nouent alors. Sans doute peu préparé à la fonction royale, il préférait s'adonner à la chasse — il était un excellent cavalier — ou à la forge — il adorait travailler le fer — plutôt qu'assister à son Conseil.
Une fois apaisés les troubles de la première guerre de Religion (1562-1563), Charles IX fut proclamé majeur le 17 août 1563, à Rouen — qui devint ainsi le symbole de la réconciliation entre catholiques et protestants. La reine-mère, espérant sceller l'unité du royaume autour de son fils et s'inspirant également du voyage accompli par François Ier en ses domaines, présenta le jeune roi à ses sujets au cours d'un périple de vingt-sept mois (24 janvier 1564 - 1er mai 1566).
Durant ce voyage, Charles IX s'exerça à la fonction royale, toujours sous la tutelle de sa mère. En avril 1564, à Troyes, fut signé avec l'Angleterre le traité par lequel Calais redevenait définitivement française. En juillet, le roi signa l'ordonnance qui établissait le début de l'année au 1er janvier, au lieu de Pâques auparavant. Au même moment, l'édit de Crémieu organisa le contrôle royal sur les élections municipales ; les cités perdirent encore de leur pouvoir à la suite de l'assemblée de Moulins (1566), qui rétablit certaines prérogatives de l'État en matière de justice et de finances notamment, sans que le roi ait pourtant les moyens d'imposer ces mesures — ainsi, nombre de parlements avaient refusé d'enregistrer l'édit de pacification d'Amboise de mars 1563 —, ce qui contribua à l'agitation dans les villes et à la reprise de la guerre civile. À Moulins toujours, où la cour résida de Noël 1565 à mars 1566, l'amiral de Coligny fut innocenté par le conseil du roi de toute responsabilité dans l'assassinat du duc de Guise.
En novembre 1567, à la suite de la mort du connétable de Montmorency, Charles IX nomma, sur la recommandation de sa mère, son frère Henri lieutenant général du royaume ; c'est celui-ci qui s'imposa alors comme représentant des Valois dans les opérations militaires des deuxième et troisième guerres de Religion — et non le roi. En 1569, Charles IX accrut encore le prestige de son frère en créant pour lui la charge d'intendant général du royaume, même si la réalité du pouvoir restait largement aux mains de la reine-mère.
Charles IX tenta de contrôler l'agitation des catholiques intransigeants qui s'organisaient en des ligues — préfigurant la Ligue de 1584. En 1568, il se déclara le chef de ces diverses ligues, qu'il voulut réunir en une Association du roi, dont les adhérents lui devaient fidélité.
Le 26 novembre 1570, à Mézières, le roi épousa Élisabeth d'Autriche, de laquelle il aura une fille, Marie-Élisabeth, écartée de sa succession du fait de la loi salique — née en 1572, la princesse mourut en 1578. Il eut également un fils naturel de Marie Touchet, qu'il ne reconnut pas : Charles de Valois, qui fut comte d'Auvergne puis duc d'Angoulême (1573-1650).
À partir de 1570, Charles IX s'émancipa de la tutelle de sa mère, qui resta cependant sa principale conseillère. C'est alors le conflit religieux intérieur qui domine les affaires politiques, les questions extérieures passant au second plan. Ainsi, Charles IX maintint l'amitié avec les Turcs, et la France ne participa pas à la bataille navale de Lépante (1571), qui marqua la fin de l'expansion musulmane vers l'ouest.
Le roi tenta un ultime rapprochement avec les protestants par le biais de l'édit de Saint-Germain, qui mettait fin à la troisième prise d'armes des guerres de Religion (août 1570) ; il renouait ainsi avec la politique de tolérance de Michel de L'Hospital.
Dans le même temps, alors que les catholiques modérés s'inquiétaient de la politique espagnole aux Pays-Bas et que les protestants manifestaient le désir d'y intervenir ouvertement, Charles IX choisit d'encourager en sous-main Coligny à aider les Gueux révoltés. Les motivations de la politique du roi sont incertaines : l'influence de Coligny n'a pas pu être déterminante puisque celui-ci, craignant pour sa vie, ne séjournait quasiment pas à la cour ; il est possible que Charles IX ait voulu éloigner les hommes de guerre sur un théâtre d'opérations étranger, mais il prenait ainsi le risque de provoquer la guerre avec l'Espagne, alors l'État le plus puissant en Europe. Cependant, le parti des catholiques déterminés se renforça, à la cour tout d'abord, avec Henri d'Anjou, le futur Henri III, et avec Henri de Guise, dont la popularité auprès des Parisiens était notoire.
Le mariage de Marguerite de Valois, sœur de Charles IX, avec Henri de Navarre, le futur Henri IV, célébré à Paris le 18 août 1572, fut l'occasion de réunir à la cour la haute noblesse du royaume, y compris les protestants. Cependant, la cérémonie, qui ne respectait pas les formes du mariage catholique traditionnel, raviva les tensions religieuses dans la capitale.
Le 22 août au matin, l'attentat manqué contre Coligny marqua une nouvelle escalade. Le roi voulut rassurer les protestants et se rendit l'après-midi même au chevet de l'amiral, mais lors des séances de son Conseil, dans la nuit du 23 au 24 août, il suivit le parti guisard et ordonna le massacre des chefs protestants. Aucun document n'existant sur ces moments cruciaux du règne, les historiens proposent plusieurs explications à l'attitude de Charles IX. La thèse du roi effrayé par la colère de sa mère et ordonnant le massacre pour effacer toute trace de la responsabilité de celle-ci dans l'attentat contre Coligny est aujourd'hui délaissée. L'on pense plutôt que Charles IX a ordonné le massacre soit par crainte d'une conspiration protestante, soit par peur d'une révolte ouverte des Parisiens favorables au parti catholique intransigeant, soit afin de châtier ceux qui anéantissaient ses efforts pour une paix civile, qu'illustrait l'édit de Saint-Germain.
Il est donc certain que Charles IX ordonna le massacre de la Saint-Barthélemy, et il en revendiqua la responsabilité le surlendemain devant le parlement de Paris. On ne peut cependant lui attribuer la responsabilité de l'extension du massacre dans tout le royaume ; au contraire, le roi ordonna à ses gouverneurs de maintenir la paix civile, sans que cela puisse empêcher des massacres de se produire dans de nombreuses villes.
La Saint-Barthélemy entraîna une perte de confiance dans le roi. Si le massacre d'août avait décapité la haute noblesse protestante, le parti huguenot était loin d'être anéanti. La quatrième guerre de Religion s'ouvrit dès octobre 1572 ; Henri d'Anjou dirigea le siège de La Rochelle, qu'il ne parvint pas à prendre, et la guerre s'acheva par l'édit de Boulogne (juillet 1573). Dès 1573, les protestants du Midi s'organisaient en Provinces de l'Union, lesquelles échappèrent de fait au pouvoir du Valois. D'autre part, en 1574, nombre de puissants seigneurs se rebellèrent — conspirations de Mardi-Gras et, en avril, de Coconat et de La Molle —, préfigurant ainsi la guerre des Malcontents — cinquième prise d'armes des guerres de Religion.
Le roi se retrouvait isolé : sa santé déclinait ; Henri d'Anjou était lié au parti catholique, tandis que son plus jeune frère, François d'Alençon, était l'espoir de la noblesse rebelle. Enfin, l'influence de Catherine de Médicis était alors à son plus faible niveau. Aussi, Charles IX choisit de nouveau la voie de la répression : il fit embastiller le duc François de Montmorency et voulut faire arrêter — sans y parvenir — son frère Henri de Montmorency-Damville, dont l'indépendance, dans son fief de Languedoc, narguait l'autorité royale, et qui s'affirmait peu à peu comme le chef des «malcontents», nobles catholiques opposés à la politique du roi et recherchant une solution civile au conflit.
Lorsque son frère Henri fut élu roi de Pologne (10 mai 1573), grâce aux efforts de sa mère et de son envoyé, Jean de Monluc, Charles IX l'accompagna jusqu'à Reims, où il lui fit ses adieux le 12 novembre 1573. C'est au retour de ce périple qu'il s'alita définitivement pour mourir quelques mois plus tard de la tuberculose, le 30 mai 1574.