François Ier

(Cognac, 1494 — Rambouillet, 1547)

Roi de France (1515-1547). «Roi-Chevalier», adoubé par Bayard à Marignan, prince de la Renaissance, amoureux des lettres et des arts, monarque au ferme pouvoir, sous lequel s'acclimate le titre de «Majesté», François, premier du nom, a laissé une trace plurielle dans les mémoires.

Son règne, qu'on a pu comparer à un duel en raison de l'affrontement permanent avec l'empereur Charles Quint, fut un temps de relative prospérité, avant les tempêtes de la fin du XVIe siècle.

La succession de Louis XII

À sa naissance, le 12 septembre 1494, François d'Angoulême n'était pas destiné à monter sur le trône. Petit-fils d'un cadet d'une branche cadette des Valois, il fallait pour qu'il devînt roi une succession peu probable de décès et d'unions sans progéniture mâle. Aussi les premières années de François ne furent-elles pas celles d'un dauphin, ni même d'un héritier présomptif. Orphelin de père à deux ans, il fut élevé par sa mère, Louise de Savoie. Puis l'improbable se produisit : le roi Charles VIII mourut accidentellement en 1498, sans laisser de fils. Le nouveau souverain, Louis XII, oncle du précédent, épousa la veuve du défunt, Anne de Bretagne, mais ne parvint pas non plus, malgré les nombreuses grossesses de la reine, à obtenir d'héritier mâle. Au fil des années et des décès, le jeune François d'Angoulême devint ainsi le plus proche parent mâle vivant du roi, et fit peu à peu figure d'héritier.

La question de sa succession fut un enjeu crucial du règne de Louis XII : dans un premier temps, le roi proposa la main de sa fille aînée, Claude de France, héritière du duché de Bretagne, au futur Charles Quint. Mais, finalement, Louis XII opta pour le mariage avec François d'Angoulême, une proposition du maréchal de Gié et de Louise de Savoie, qui permettait d'assurer la cohésion du royaume. Les noces eurent lieu en mai 1514.

Les derniers temps du règne semblèrent cependant mettre en péril les chances du clan d'Angoulême, car, quelques mois après le décès d'Anne de Bretagne (9 janvier 1514), Louis XII se remaria avec la sœur d'Henri VIII, Marie d'Angleterre, alors âgée de seize ans (9 octobre 1514). Mais il mourut, toujours sans fils, le 1er janvier 1515 : François Ier fut proclamé roi.

L'affirmation de l'autorité royale

Dès les premiers jours de son règne, François Ier plaça les fidèles qui, avec lui, exerceront le pouvoir. Le cercle le plus étroit du pouvoir dans l'État royal était le Conseil du roi ou Conseil d'en haut.

Le Conseil du roi

Si certains hauts personnages furent confirmés dans les fonctions qu'ils occupaient déjà sous Louis XII, tel Florimond Robertet, beaucoup de promotions saluèrent l'avènement de François Ier, à commencer par les membres de sa propre famille. Sa mère, Louise de Savoie, entra au Conseil du roi et joua un rôle prépondérant dans les grandes affaires politiques du royaume ; elle fut régente lors des nombreuses campagnes militaires de son fils — son «César» ainsi qu'elle l'appelait — et durant sa captivité. La sœur du roi, Marguerite d'Angoulême, reçut les revenus du duché de Berry, et devint membre du Conseil. Le précepteur du jeune François d'Angoulême, Artus de Gouffier, entra lui aussi au Conseil et reçut la charge de grand maître de l'Hôtel, tandis que son frère, Guillaume Gouffier de Bonnivet, reçut d'abord une simple pension avant d'occuper d'importantes fonctions militaires. Odet de Foix, vicomte de Lautrec, devint lieutenant général de Guyenne. Charles de Bourbon, le plus puissant des vassaux, devint connétable. Enfin, la charge de chancelier de France échut à Antoine Duprat, un fidèle de Louise de Savoie.

Peu à peu, les membres roturiers du Conseil du roi, issus pour la plupart de la basoche, cédèrent leur place à de grands seigneurs : Henri d'Albret, Claude de Guise, Anne de Montmorency, l'amiral Chabot, ou encore Claude d'Annebaut. Ces familiers du souverain formèrent, avec la famille royale, le cercle le plus étroit de la cour, qui connut un essor décisif, à la fois comme centre effectif du pouvoir, comme lieu d'animation culturelle et comme cadre somptueux de la vie du monarque et des siens. Enfin, Anne de Pisseleu, maîtresse du roi à partir de 1526, joua un certain rôle politique ; le roi la fit duchesse d'Étampes.

François Ier, même s'il était influençable, ne fut pas le jouet de son entourage. Il entendait rester maître de la décision finale, et n'hésitait pas à disgracier certains de ses proches, du grand argentier Semblançay, qui finit sur le gibet, au favori Anne de Montmorency. Les raisons profondes du roi étaient cependant parfois peu justifiables, car tous ces personnages écartés du pouvoir ne furent pas des traîtres, comme le connétable de Bourbon qui finit par s'allier à Charles Quint. L'affaire de Charles de Bourbon permit en tout cas à François Ier d'annexer un vaste ensemble de fiefs au cœur du royaume. L'unité du pays progressa également avec l'intégration définitive de la Bretagne : l'union perpétuelle du duché et du royaume fut proclamée en 1532, ce qui mit fin aux incertitudes de la simple union dynastique.

La réforme de la justice

Pour renforcer l'autorité royale, François Ier entama également une profonde réforme de la justice. Il limita le pouvoir des parlements en leur interdisant d'user de leur droit de remontrance, dépêcha des agents dans tout le royaume et prit l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), qui retira, entre autres, aux tribunaux ecclésiastiques toutes compétences ne relevant pas directement de la foi. L'ordonnance prévoyait aussi le remplacement du latin par la langue française dans tous les actes notariés ou judiciaires, contribuant ainsi à l'unification administrative du royaume.

Un royaume prospère

François Ier avait hérité du royaume le plus peuplé et sans doute le plus riche d'Europe. Cependant, la politique grandiose qu'il mena coûtait cher : les guerres d'Italie engloutirent des fortunes pour solder les mercenaires ; un épisode comme l'élection manquée à l'Empire coûta environ 400 000 écus d'or — en comparaison, les dépenses engagées pour les châteaux que le roi fit construire, comme Chambord, ou modifier, comme Fontainebleau, furent nettement moindres. François Ier fut donc amené à rechercher tous les moyens d'augmenter les revenus de son royaume.

La question des finances royales

La taille, impôt traditionnellement destiné à financer les guerres, augmenta sensiblement, passant de 3 millions de livres en moyenne durant les premières années du règne, à près de 4,5 millions en moyenne dans les cinq dernières années, sans parvenir pourtant à couvrir les dépenses. Le roi n'hésita pas à accuser faussement certains de ses principaux financiers et créanciers, notamment Jacques de Semblançay, et à leur imposer de lourdes condamnations — parfois la mort — et des amendes qui contribuèrent à renflouer les finances. Dans l'ensemble de ses possessions, François Ier accrut le nombre des agents royaux, qui passa d'environ cinq mille à huit ou neuf mille, ce qui permit de renforcer l'encadrement administratif, et donc de mieux affirmer l'autorité royale, tout en faisant rentrer d'importantes sommes, la monarchie vendant les charges qu'elle créait en nombre croissant.

Pour autant, François Ier ne fut pas un roi tout-puissant. Ses propres agents lui posèrent problème : telle cour de justice s'opposa à certaines décisions, les responsables financiers, accusés de corruption, furent poursuivis. Surtout, le personnel royal restait trop peu nombreux pour un royaume si vaste, où les communications étaient infiniment lentes et où il était bien difficile de gouverner à distance. Aussi l'efficacité des agents du roi était-elle réduite, même si on leur demandait peu : assurer un ordre relatif et la rentrée des impôts.

La société française de la première moitié du XVIe siècle

Le roi fut-il aimé de ses sujets ? Les louanges des écrivains à gages — qui aimaient à jouer de l'accord entre le nom du roi et celui de la France — ne sauraient dissimuler que, parmi les habitants du royaume, beaucoup furent mécontents de lui, en particulier pour des raisons fiscales. Les revenus des Français baissèrent durant tout le règne, et plus encore celui des salariés, comme les ouvriers agricoles ou les compagnons imprimeurs, qui menèrent la première grève de l'histoire de France, le Grand Tric, en 1539.

Dans une économie encore largement fondée sur le troc ou l'échange local, on peut estimer que le niveau des impôts resta dans l'ensemble supportable, et ne s'aggrava considérablement qu'après 1550. Cependant, le nombre de pauvres atteignit au moment des famines des proportions inconnues auparavant dans les grandes villes — huit mille pauvres à Lyon en 1531 sur une population d'environ cinquante mille personnes, ou cinq mille pauvres secourus à Nantes en 1532 sur une population de quinze mille habitants. Le roi eut recours à des lois répressives pour enrayer le phénomène, y compris le travail forcé, sur des chantiers publics ou aux galères, ainsi que le supplice de la roue institué en 1534 pour les voleurs de grands chemins. Mais le roi sut préserver sa popularité, notamment grâce au long périple qu'il entreprit en 1532 à travers l'ensemble des provinces du royaume.

La rivalité avec Charles Quint

À son avènement, François Ier n'avait comme adversaire potentiel que le Habsbourg. Il semblait donc au nouveau souverain qu'il pouvait légitimement avoir de grandes ambitions en Italie, où les cités étaient bien trop divisées pour pouvoir lui résister, d'autant qu'il disposait, presque seul en Europe, d'une armée permanente —  renforcée lors des guerres — dont le financement était assuré par la taille. Or, comme François Ier régnait sur le pays le plus peuplé d'Europe (de 16 à 18 millions d'habitants), en un temps où «il n'est de richesse que d'hommes», il put consacrer d'importants revenus à ses entreprises de conquête.

François Ier ne commanda pas toujours en personne ses armées : il les confia à des proches, dont les principaux, Bonnivet et Montmorency, qui peuvent être qualifiés de favoris, jouèrent un rôle très important dans la direction des affaires du royaume.

La conquête et la perte du Milanais

François Ier poursuivait lui aussi le rêve italien des Valois : depuis Charles VIII et plus encore Louis XII, les rois de France revendiquaient leur «héritage», et notamment le duché de Milan. François Ier leva rapidement une armée de trente mille hommes, et partit pour l'Italie, où il affronta les mercenaires suisses, emmenés par le cardinal de Sion, Mathias Schinner. Il les vainquit à Marignan, en septembre 1515, après un combat longtemps incertain, et prit possession du Milanais. Exploitant habilement cette victoire, le jeune roi signa la paix perpétuelle avec les cantons suisses, en 1516, à Fribourg.

La montée en puissance de Charles de Habsbourg, héritier de multiples territoires dans le Saint Empire — Autriche, comté de Bourgogne, soit l'actuelle Franche-Comté, Pays-Pas — comme hors de l'Empire — Espagne, Naples, Sicile — bouleversa l'ordre européen. Un premier affrontement, pour l'obtention de la couronne impériale (1519), tourna au détriment de François Ier, qui n'avait pas l'implantation en Allemagne ni les moyens financiers de Charles de Habsbourg, et ne put donc s'assurer les voix des sept princes-Électeurs : le Valois commit l'erreur d'acheter leurs voix avant l'élection, tandis que le Habsbourg, fort du soutien des Fugger, promit de payer —  et paya — après son élection.

François Ier se tourna alors vers l'Angleterre. Il rencontra Henri VIII au camp du Drap d'or, mais les maigres acquis de la rencontre furent effacés par le traité que l'Anglais signa peu après à Calais avec Charles Quint, puis par l'alliance que conclurent les deux souverains avec le connétable de Bourbon en 1522.

En novembre 1521, Milan, mal défendue par Lautrec, fut prise ; en avril 1522, la défaite française à La Bicoque face au capitaine Prospero Colonna, contraignit les Français à repasser les Alpes. À ce moment intervint la trahison du connétable de Bourbon, qui poussa son armée jusque sous les murs de Marseille, qu'il ne parvint cependant pas à prendre. François Ier, en voulant reconquérir le Milanais et à la suite de plusieurs erreurs stratégiques, fut vaincu et fait prisonnier à Pavie (1525), tandis que de nombreux chevaliers trouvaient la mort, dont Bonnivet, La Trémoille, La Palice, ainsi que plusieurs milliers de combattants. En outre, de nombreux hauts personnages étaient prisonniers, tels Henri d'Albret, le mari de Marguerite de Navarre, Montmorency, l'amiral Chabot ou Clément Marot…

François Ier prisonnier

De difficiles négociations s'engagèrent alors entre Charles Quint et la régente, Louise de Savoie. La situation de François Ier n'était sans doute pas si désespérée : le Valois était très affaibli, ses frontières menacées, mais Louise de Savoie et ses conseillers firent organiser la défense des principales villes du royaume sans que cela suscitât de troubles. L'invasion, possible, n'eut pas lieu, notamment parce que Henri VIII n'avait pas intérêt à renforcer encore la puissance de Charles Quint. Les Anglais traitèrent donc avec les Français : ils n'interviendraient pas et recevraient en échange une importante indemnité ; le traité fut signé au château du cardinal Wolsey, à Moore, le 30 août 1525.

Charles Quint revendiquait la Bourgogne, qu'il considérait comme son légitime héritage —  il était l'arrière-petit-fils de Charles le Téméraire. François Ier dut accepter de céder cet important duché, mais il obtint d'être libéré avant sa restitution effective, ses deux premiers fils, François et Henri, le remplaçant comme otages à Madrid. François Ier fut libéré le 17 mars 1526 ; aussitôt, il dénonça l'accord. Les princes italiens et le roi d'Angleterre, inquiets de la puissance de Charles, s'allièrent avec la France (ligue de Cognac). La guerre reprit en Italie, d'autant que François Ier s'était acquis le soutien des notables en les réunissant en 1527 et en leur faisant avaliser son refus du traité de Madrid.

Le compromis et la trêve

Les Français parvinrent jusqu'à Naples, mais diverses erreurs diplomatiques conduisirent au retournement du Génois Andrea Doria, qui passa au Habsbourg (1528). Les Français furent écrasés à Landriano en juin 1529. Les deux souverains avaient cependant intérêt à un compromis, François Ier parce qu'il était de nouveau vaincu en Italie et Charles Quint parce qu'il devait affronter les princes protestants allemands. Aucun des deux souverains ne mena les négociations : ce furent Louise de Savoie et Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, qui parvinrent à élaborer la paix de Cambrai ou paix des Dames, signée le 3 août 1529. Charles Quint renonçait à la Bourgogne et François Ier au Milanais ; le roi de France épousait Éléonore, sœur de Charles Quint —  Claude de France étant morte en 1524 ; il versait une rançon de deux millions d'écus d'or pour les deux enfants royaux, qui rentrèrent en France en juillet 1530, en même temps qu'arrivait la nouvelle épouse.

Ainsi, malgré la cession de la Bourgogne, l'empereur faisait figure de vainqueur. François Ier ne renonça pas pour autant à l'Italie, bien qu'il eût à nouveau abandonné ses alliés : lors d'une nouvelle guerre (1536), alors que Charles Quint assiégeait en vain Marseille, François Ier réussit à prendre le contrôle de la Savoie et d'une partie du Piémont —  ces territoires resteront français jusqu'aux traités du Cateau-Cambrésis en 1559. Au cours d'une nouvelle trêve, marquée par un rapprochement de François Ier avec Soliman, Charles Quint traversa le royaume de France pour aller réprimer l'insurrection des Gantois (1540) ; le passage de l'empereur fut fêté dans toutes les villes traversées et semblait sceller une amitié définitive.

La dernière guerre du règne

Une dernière guerre éclata entre le roi et l'empereur, en 1542, après que ce dernier eut donné l'investiture du Milanais à son fils Philippe, ce qui ôtait toute chance au dauphin François de devenir duc de Milan par alliance avec une fille du Habsbourg. Charles Quint reçut cette fois l'aide d'Henri VIII. Alors que les Français du duc d'Enghien étaient vainqueurs en Italie (Cérisoles, 14 avril 1544), Charles Quint envahit la Champagne et s'approcha de Paris ; ne pouvant solder ses mercenaires, le Habsbourg dut cependant faire retraite, et une paix fut signée à Crépy-en-Laonnois (septembre 1544), qui laissait de nouveau les deux adversaires sans vainqueur ni vaincu.

L'appui de Soliman le Magnifique

Au cours du règne de François Ier, l'encerclement par les possessions de Charles Quint fit qu'on se battait partout aux frontières, de la Navarre au Nord-Est, le royaume lui-même n'étant pas épargné par la guerre. La redoutable puissance de l'empereur poussa François Ier à rechercher des alliés par tous les moyens. Le «roi très-chrétien» ne craignit pas de s'entendre avec les princes protestants d'Allemagne, et même avec les Turcs musulmans dont la flotte vint hiverner à Toulon en 1543. On était alors loin des projets de croisade du début du règne. Cependant, le soutien de Soliman resta précaire, et la France dut payer une forte indemnité aux Turcs pour qu'ils évacuent Toulon. La paix de Crépy marqua un retournement d'alliance radical, François Ier s'engageant à lutter aux côtés de Charles Quint contre le Turc.

Les rapports avec l'Église

François Ier mesurait toute l'importance politique du contrôle de la hiérarchie de l'Église. Par le concordat de Bologne, en 1516, il obtint du pape, dans la foulée de Marignan, d'être maître des nominations du haut clergé français, ce qui assura ainsi le roi de la fidélité des prélats. Le pape, lui, était reconnu comme une autorité supérieure aux conciles, ce qui réduisait les libertés gallicanes. Le concordat ne fut entériné par le parlement de Paris qu'en 1518.

Mais la tâche des évêques ne se limitait pas à servir le roi, en ce début du XVIe siècle tout bruissant du désir de réforme religieuse. Certains d'entre eux souhaitaient contribuer à l'amélioration des mœurs des fidèles et des clercs par un approfondissement du message chrétien et une action pastorale énergique. Ce fut le cas de Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, qui reçut le soutien de la famille royale et particulièrement celui de Marguerite de Navarre ; le roi fut ainsi conduit à s'opposer aux arrêts du parlement de Paris et de la Sorbonne, où régna en maître jusqu'en 1533 le syndic Noël Béda. Malgré les difficultés rencontrées et les réticences de l'aile conservatrice de l'Église, cette tentative aurait probablement pu se développer sans l'explosion du schisme luthérien.

La lutte contre la Réforme

Les prêtres réformateurs furent bientôt considérés comme des complices de l'hérésie. Le roi devint hésitant, protégeant certains des plus menacés, mais laissant se développer les poursuites. Les incidents, facteurs de trouble moral autant que de désordre social, se multiplièrent : en 1528, une statue de la Vierge fut mutilée à Paris, causant le déchaînement des passions ; une procession expiatoire grandiose fut organisée, à laquelle participa le roi en habit de pénitent. En octobre 1534, l'affaire des Placards détermina le roi à la répression. Une réaction ferme s'imposa d'autant plus que le protestantisme avait trouvé en Calvin, réfugié à Genève, un chef de file français, théologien et organisateur de premier ordre.

La législation devint plus dure dans la dernière partie du règne : alors que l'édit de Coucy, promulgué en 1535, marquait un apaisement après la répression de 1534, allant jusqu'à accorder un pardon royal aux repentants, l'édit de Fontainebleau, en 1540, dessaisit en matière de crimes religieux les tribunaux ecclésiastiques, trop lents et soupçonnés d'indulgence, au profit des tribunaux royaux. En 1543, la Sorbonne formula vingt-cinq articles de foi, auxquels François Ier donna force de loi, reconnaissant ainsi l'autorité des théologiens : ils affirmaient notamment la doctrine de la transsubstantiation, l'unité de l'Église et la nécessité du culte des saints et de la Vierge Marie. Le roi, pressé notamment par le cardinal François de Tournon, membre de son Conseil, ordonna en 1545 l'application de sentences sévères contre les vaudois provençaux, héritiers d'une ancienne tradition hérétique, et passés pour la plupart au protestantisme ; la répression tourna au massacre, et l'événement émut une Europe qui n'était pas encore entrée dans l'ère des tueries religieuses. En 1546, ce fut au tour des réformés de Meaux d'être conduits au bûcher ou bannis. François Ier maintint donc son royaume dans le giron catholique, mais ne parvint pas à y empêcher le développement de l'hérésie.

François Ier le mécène

Assez peu intéressé par les controverses religieuses, François Ier se passionna en revanche pour les questions culturelles. Aux humanistes — qui devinrent ses plus éloquents thuriféraires —, il apporta une aide financière, des postes lucratifs et l'accès à des manuscrits qu'il fit rechercher activement, en particulier en Italie. La grande affaire du règne fut l'établissement, en marge de l'Université, d'une sorte d'institut supérieur des études humanistes, où l'enseignement avait lieu en latin, le français ne s'étant pas encore imposé comme langue savante : le Collège des lecteurs royaux, dont l'actuel Collège de France est l'héritier. Mais, sans bâtiment propre et chichement doté, l'établissement resta fragile. La faveur royale ne signifiait aucunement que l'expression des opinions était libre, surtout en ces temps de crise religieuse. Le contrôle de la production imprimée, en plein essor, fut même renforcé, ce qui alla jusqu'à la proscription pure et simple de l'imprimerie en janvier 1535, en pleine répression consécutive à l'affaire des Placards —  la mesure fut cependant aussitôt reconsidérée.

Le bâtisseur

François Ier fit construire de nombreux monuments. Son règne correspond au passage, sous l'influence de l'Italie, de la tradition gothique à l'art du premier classicisme. Actif tout d'abord dans la vallée de la Loire, le roi y fit réaménager une partie du château de Blois. Sur le chantier entièrement nouveau de Chambord (commencé en 1519), il «pervertit» la construction traditionnelle par le recours à une rigoureuse symétrie et par des motifs décoratifs tout droit venus d'Italie.

L'esthète

Dans la seconde moitié du règne, marquée par la primauté donnée à l'Île-de-France, c'est Fontainebleau qui représente véritablement l'acclimatation du modèle italien —  en attendant la reconstruction du Louvre, à peine ébauchée à la mort du roi. De résidence en résidence se déplaça ainsi une cour qui vivait souvent au milieu d'un chantier. François Ier fit travailler en France, en particulier à Fontainebleau, les artistes italiens qu'il put attirer, comme le Rosso, le Primatice ou Cellini ; Léonard de Vinci, mort en 1519, n'a guère pu produire pour le roi, hormis peut-être un projet pour Chambord. François Ier collectionna avec ardeur les œuvres des artistes italiens de la Renaissance, tout comme les œuvres antiques, qu'il fit activement rechercher. Mais l'influence italienne, quoique dominante, n'était pas unique, comme en témoignent les Clouet, des Bruxellois qui furent les portraitistes officiels de la cour.

Les dernières années du règne

Malgré l'éclat des châteaux, manifestation de la puissance et de la gloire, les dernières années du règne furent moins brillantes. Après la mort du fils aîné, François, en 1536, Henri devint dauphin en titre, et Charles, duc d'Orléans —  ce dernier jouissait du soutien voire de l'affection de Charles Quint. Les rivalités entre les deux fils du roi, entretenues par leurs partisans respectifs, et notamment la duchesse d'Étampes pour Charles, Diane de Poitiers pour Henri, s'accentuèrent après la disgrâce de Montmorency (1541), et ne s'adoucirent qu'avec la mort de Charles en 1545. Mais François Ier ne s'entendait pas avec Henri, qui, un temps, refusa même de siéger au Conseil. Enfin, la santé du roi s'altéra de plus en plus, tout comme se dégradait l'économie du royaume.

François Ier eut la chance de vivre les années fastes du «beau XVIe siècle», qui s'interrompit en fait dès les années 1540. Après lui vint l'ère des crises politiques, des luttes religieuses et des troubles sociaux. Pour les Français des décennies suivantes, son règne faisait donc figure d'âge d'or.

Le roi, qui n'avait pas cinquante-trois ans, fut terrassé par la maladie et s'éteignit le 31 mars 1547 à Rambouillet, après avoir renvoyé sa maîtresse. On rapporte qu'Henri VIII d'Angleterre, disparu en janvier de la même année, lui avait envoyé un gentilhomme pour lui rappeler qu'«il était mortel comme lui»…

Les funérailles du roi

Elles durèrent près de deux mois, pendant lesquels les honneurs royaux restèrent attachés au défunt ; Henri II gouverna, mais sans faire d'apparition officielle. Une effigie du roi, exposée à Saint-Cloud, fut servie comme si le monarque était vivant. Après de longs préparatifs, la cérémonie de l'enterrement commença le 22 mai, quand l'effigie royale qui surmontait le cercueil, parée des attributs du pouvoir, fit sa «joyeuse entrée» dans la capitale, selon la coutume du temps. Le cortège gagna Saint-Denis le lendemain. Le 24 eut lieu la mise en terre dans l'abbatiale. Au cri de «Le Roy est mort  !», qui marqua la fin véritable du règne de François Ier répondit immédiatement celui de «Vive le Roy !» Entre les deux souverains, pas d'interruption. La dignité royale ne disparaît pas, comme le dit l'adage : «Le roi ne meurt jamais.»

Henri II honora la mémoire de son père par un somptueux tombeau conçu par Philibert Delorme et exécuté par Pierre Bontemps.