Henri IV le Grand

(Pau, 1553 — Paris, 1610)

Roi de France (1589-1610) et de Navarre (1572-1610).

Symbole du monarque idéal, amateur de plaisirs mais soucieux avant tout des affaires de l'État, Henri IV incarne dans l'histoire de France un personnage à mi-chemin du mythe et de la réalité. Héritant du trône à la suite de la longue agonie des Valois, il dut conquérir son royaume, et montra, pour parvenir à ses fins, un sens politique extrêmement aigu, qui lui permit sinon de réconcilier durablement les factions, du moins de ne s'en aliéner aucune et, surtout, de faire taire pour un temps la discorde. Roi du panache blanc et de la poule au pot, Henri IV fut tout autant celui qui inaugura le pouvoir absolu des Bourbon.

Le premier prince du sang

Henri de Navarre naquit à Pau le 13 décembre 1553 ; il était le fils d'Antoine de Bourbon-Vendôme et de Jeanne d'Albret. Par son père, dont il ne tenait qu'un fort modeste patrimoine foncier, il était le premier prince du sang ; de sa mère, il héritait un domaine considérable dans le Sud-Ouest : la Navarre du nord des Pyrénées, le Béarn, l'Albret, l'Armagnac, Foix et, plus au nord, le Périgord et la vicomté de Limoges.

Les convictions religieuses d'Henri de Navarre

Bien qu'il ait été baptisé en 1554, l'influence de sa mère, protestante militante, le fit passer à la religion réformée à partir de la fin de 1559 ; il revint au catholicisme pour quelques mois, de juin à décembre 1562, jusqu'à la mort de son père ; il retourna alors au calvinisme, qu'il dut abjurer sous la menace lors de la Saint-Barthélemy, avant d'y revenir en juin 1576, après avoir fui la cour. Enfin, sa conversion finale au catholicisme intervint en 1593.

Les convictions religieuses d'Henri IV semblent ainsi peu solides, mais il faut, pour les comprendre, les envisager dans le contexte de la fin du XVIe siècle. Le questionnement religieux traverse alors une grande partie de la société française, et Henri de Navarre n'est pas le seul à changer d'Église. Surtout, son intérêt pour les questions religieuses est certain. Ainsi, en 1571, il participa, aux côtés de sa mère, au synode de la Rochelle, qui, sous l'autorité de Théodore de Bèze, élabora la confession de l'Église réformée de France ; en 1593, lorsqu'il se fit enseigner le catholicisme avant son abjuration, il discuta avec les théologiens les points de doctrine qui lui semblaient erronés, notamment l'existence du purgatoire  qu'il refusa finalement d'admettre.

Le mariage avec Marguerite de Valois (18 août 1572)

Pour tenter une réconciliation générale entre protestants et catholiques, Jeanne d'Albret et Catherine de Médicis décidèrent en 1572 le mariage d'Henri avec Marguerite de Valois  Jeanne d'Albret mourut peu avant l'événement.

Célébrée le 18 août à Paris, la cérémonie de mariage revêtit des formes inaccoutumées. Henri étant protestant, le consentement des époux fut reçu avant leur entrée dans la cathédrale. Puis le Béarnais y entra pour en sortir aussitôt par une porte latérale afin de ne pas assister à la messe ; il ne revint à l'église qu'une fois la messe achevée. Cette mise en scène contribua à échauffer les esprits des Parisiens, pour la plupart hostiles à ce mariage d'une princesse de France avec un huguenot.

Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572)

À l'occasion des noces royales, un grand nombre de nobles protestants se retrouvèrent à Paris, circonstance dont tentèrent de profiter les catholiques  les Guise ou les Espagnols  pour décapiter le parti réformé. Le 22 août, un attentat fut dirigé contre l'amiral de Coligny, qui en réchappa, mais, dans la nuit du 23 au 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, les gardes du roi Charles IX assassinèrent l'amiral, tandis que les compagnies de la milice tuaient près de trois mille personnes. Henri de Navarre n'échappa au massacre, qui se déroula jusque dans le palais du Louvre, qu'en abjurant, devant Charles IX, la religion réformée.

Le Navarrais représentait alors une menace pour le parti catholique groupé autour des Guise et de Catherine de Médicis, qui cherchaient à réduire les protestants à l'impuissance. Si l'assassinat de Coligny supprimait le chef militaire des réformés, Henri de Navarre restait le premier prince du sang et donc leur chef naturel. En outre, tant que les fils d'Henri II  Charles IX, Henri III et François d'Alençon  n'avaient pas d'héritiers mâles légitimes, le Navarrais était l'héritier du trône selon la loi salique. Il fut alors retenu en otage à la cour, où il fut contraint de résider durant quatre ans  dans des conditions de plus en plus faciles , avant de s'en évader en 1576.

Le chef du parti protestant

Le 30 mai 1574, Charles IX mourut sans héritier mâle légitime. Sa mère, Catherine de Médicis, exerça alors une courte régence, jusqu'au retour de Pologne d'Henri III. Le frère du roi, François d'Alençon, s'enfuit de la cour en septembre 1575, et prit la tête du parti des «malcontents». Henri de Navarre s'enfuit à son tour le 3 février 1576. Il gagna la Guyenne, redevint aussitôt réformé, et fut reconnu comme le chef du parti protestant, solidement retranché dans ses bastions, du Poitou au Languedoc.

De la paix de Beaulieu à la paix de Fleix (1576-1580)

Mettant fin à la guerre des Malcontents, la paix de Beaulieu se voulait favorable aux protestants : le roi indemnisait les victimes de la Saint-Barthélemy, accordait la liberté de culte, et octroyait des garanties militaires et juridiques aux protestants. Mais la situation politique du royaume restait trouble ; les catholiques commençaient à s'organiser en ligues.

Henri de Navarre mena alors une politique d'indépendance en Guyenne. Afin de ramener son gendre dans le parti du roi Henri III, Catherine de Médicis chercha à utiliser Marguerite de Valois, mais Henri de Navarre ne souhaitait pas renouer avec sa femme, qu'il avait délaissée aussitôt après leur mariage. La reine-mère se rendit à la cour du Béarnais, à Nérac, le 3 février 1579, et finit néanmoins par aboutir le 28 février au traité de Nérac, qui confirmait l'édit de Poitiers et octroyait aux protestants quinze places de sûreté pour six mois.

Mais la septième guerre de Religion s'annonçait. Attribuée aux excès scandaleux de la reine de Navarre et pour cela appelée «guerre des Amoureux», elle débuta par la prise de La Fère, en Picardie, par Henri de Condé. Lors de cette guerre, Henri de Navarre se fit reconnaître comme un chef de guerre capable en enlevant Cahors au terme d'un court siège (28-31 mai 1580). La prise d'armes s'acheva par la paix de Fleix (26 novembre 1580), par laquelle le Béarnais acceptait de rendre Cahors et La Fère en échange du renvoi du maréchal de Biron, trop hostile aux réformés, remplacé par le maréchal de Matignon.

La crise de succession

Le 10 juin 1584, la mort du duc d'Anjou, dernier frère d'Henri III, ouvrit la plus grave crise dynastique de l'Ancien Régime. Le roi n'ayant aucun enfant et la stérilité du couple royal étant certaine, l'héritier présomptif du trône était dès lors Henri de Navarre, descendant direct du sixième fils de Saint Louis, Robert de Clermont. En vertu de la loi salique, Henri de Navarre était le plus proche parent du roi par ordre de primogéniture, bien que n'étant son parent qu'au vingt-deuxième degré ; si le cardinal Charles de Bourbon, frère de son père Antoine de Bourbon, était plus proche du roi d'un degré, il n'était en effet qu'un cadet, et cédait donc devant le fils aîné de son frère aîné, soit Henri de Navarre.

La Ligue catholique et l'Union de Navarre

La période qui va de la mort du duc d'Alençon à l'accession au trône d'Henri IV fut marquée par la lutte entre des conceptions opposées du pouvoir royal, et il serait simplificateur de ramener le dernier  et le plus long  conflit des guerres de Religion à la simple lutte entre des chefs de partis.

Les catholiques intransigeants groupés autour des Guise et de la Ligue mirent en avant une tradition immémoriale des rois Très-Chrétiens : tous étaient de religion catholique.

Les partisans du roi de Navarre répondirent à la Ligue catholique par l'Union, qui réunissait les protestants et ceux des catholiques regroupés autour d'Henri de Montmorency-Damville ; l'Union proposa en 1585 un manifeste, dans lequel elle se réclamait du «Bien public», à la fois contre les Guise et contre les favoris du roi, qui participaient «aux corruptions du temps». Henri de Navarre avait alors pour principal conseiller politique Philippe Duplessis-Mornay, pamphlétaire de talent et auteur de nombreux ouvrages en faveur de son maître ; Mornay fit paraître en 1585 sa Remontrance à la France, où il attaquait les Guise, inféodés à l'Espagne ainsi que l'avait prouvé le traité de Joinville (31 décembre 1584) ; quant aux prétentions des Guise à descendre de Charlemagne, elles relevaient, selon lui, de l'absurdité.

La guerre contre Henri III et contre Henri de Guise

Henri III, aux prises avec des difficultés financières énormes et avec l'ensemble des problèmes qui minaient son pouvoir, à commencer par l'absence d'héritier, s'allia aux Guise contre les protestants par le traité de Nemours (7 juillet 1585). Les premières opérations militaires de la «guerre des trois Henri» furent nettement défavorables au Navarrais ; celui-ci y prit part en Poitou, et s'établit à La Rochelle. Conscient de la faiblesse des forces protestantes, il fit appel aux Allemands  dont les lansquenets et les reîtres étaient honnis des Français  et aux Anglais d'Élisabeth Ire, avec laquelle il entretenait pourtant à cette époque des relations difficiles.

Il accepta de rencontrer Catherine de Médicis à Saint-Brice, entre Cognac et Jarnac, le 13 décembre 1586 ; l'entrevue, cependant, ne donna aucun résultat. Les forces royales, supérieures en nombre mais mal commandées, furent malmenées par les protestants, qui, sous la direction d'Henri de Navarre, furent vainqueurs à Coutras (20 octobre 1587). La mort d'Henri de Condé, en mars 1588, laissait le Navarrais seul chef des protestants.

L'assassinat des Guise (23 et 24 décembre 1588)

Alors que la journée des Barricades (12 mai 1588) avait donné Paris aux ligueurs, l'assassinat des Guise à Blois (23 et 24 décembre 1588) constitua un événement politique majeur : Henri III basculait du côté d'Henri de Navarre, en lequel il avait toujours souhaité voir son successeur, à la condition que ce dernier se convertît au catholicisme. Les troupes protestantes se joignirent alors aux soldats du roi, et marchèrent de concert sur Paris, après que les rois de Navarre et de France se furent rencontrés à Plessis-lès-Tours, le 30 avril 1589, et eurent convenu de tourner leurs efforts militaires contre la Ligue.

L'assassinat d'Henri III (1er août 1589)

L'assassinat du roi vint à nouveau bouleverser la situation du royaume. Henri III eut cependant le temps, avant de mourir dans la nuit du 1er au 2 août, de réunir ses favoris ainsi qu'Henri de Navarre ; selon Charles d'Auvergne, fils naturel de Charles IX, qui assista aux derniers moments du roi, Henri III demanda aux nobles assemblés de prêter serment en sa présence au nouveau roi, ce que tous firent.

La conquête du royaume (1589-1594)

Désireux d'obtenir le soutien des grands du royaume et de pouvoir compter sur les forces de l'armée royale, Henri IV publia dès le 4 août une déclaration par laquelle il s'engageait à maintenir la religion catholique et à réunir les états généraux, en échange de quoi l'ensemble de la noblesse non ligueuse reconnut Henri IV comme roi. En province, en revanche, seul le sud-ouest du royaume, la Bourgogne, l'Auvergne et quelques villes de la région parisienne et du val de Loire se rallièrent à Henri IV. Celui-ci installa son parlement à Tours.

Arques et Ivry

La lutte contre la Ligue resta indécise ; le roi de France battit le duc de Mayenne à Arques, près de Dieppe, où les combats se déroulèrent du 15 au 27 septembre 1589, mais il échoua à prendre Paris au début de novembre. Le 14 mars 1590, à Ivry près de Dreux, Henri IV, avec des forces inférieures en nombre, vainquit de nouveau le duc de Mayenne, dont les contingents étaient renforcés d'Espagnols ; les ligueurs et leurs alliés perdirent environ six mille combattants, notamment les lansquenets massacrés par les troupes royales.

Le blocus de Paris

Henri IV se décida alors à tenter le blocus de Paris, qui commença le 7 mai 1590  il avait cependant mésestimé la force de la Ligue dans la capitale. Le 27 juillet, il tenta un assaut, qui fut repoussé. Au mois d'août, la famine se généralisa dans la ville ; le siège fut le plus terrible jamais enduré par les Parisiens  le chroniqueur Pierre de L'Estoile, qui était parmi les assiégés, estima le nombre de morts à quarante-cinq mille sur une population d'environ deux cent vingt mille personnes. Henri IV, menacé par une armée espagnole sous les ordres d'Alexandre Farnèse, dut se retirer en septembre.

En 1591, Henri IV prit Chartres et Noyon, mais en 1592, il échoua devant Rouen. Bien que les papes Grégoire XIV et Clément VIII aient renouvelé l'excommunication du roi (juin 1591 et janvier 1592), l'incapacité du duc de Mayenne et de ses alliés espagnols à s'entendre sur un candidat au trône lors des états généraux, qui se tinrent à Paris de janvier à août 1593, profita à Henri IV. Le roi envisageait ouvertement d'abjurer, tout en rassurant les protestants (édit de tolérance de Mantes, 4 juillet 1591).

L'abjuration et le sacre

Le 4 avril 1592, par une déclaration connue sous le nom d'«expédient», Henri IV annonça son intention d'être instruit dans la religion catholique, confirmée le 16 mai 1593 par une nouvelle déclaration du roi. Après avoir reçu l'enseignement des évêques de Bourges, du Mans, d'Évreux et de Nantes, le roi abjura solennellement en la cathédrale de Saint-Denis le 25 juillet 1593.

Ne pouvant se faire sacrer à Reims, toujours sous le pouvoir des Guise, Henri IV se fit sacrer à Chartres le 27 février 1594. La sainte ampoule utilisée pour l'onction royale provenait de l'abbaye de Marmoutier, ce qui plaçait le roi sous la protection de saint Martin. L'absolution pontificale consacra définitivement Henri IV comme roi Très-Chrétien (17 septembre 1595)  afin d'éviter l'humiliation aux pieds du pape, Henri IV se fit représenter par deux hommes d'Église français, Arnaud d'Ossat et Jacques Davy du Perron.

Le retour de la paix (1594-1598)

Bien que sacré roi, Henri IV n'était toujours pas le maître de son royaume. Il lui fallut s'assurer de la fidélité de ses vassaux, et changer les mœurs corrompues de nombre de ses serviteurs. Si la plupart croyaient à son engagement sincère en faveur de la religion catholique, certains persistaient à ne voir en son abjuration qu'une feinte ; quant aux protestants, certains d'entre eux s'estimaient abandonnés, et ils constituèrent un parti puissant, qui ne soutint pas le roi même s'il ne le combattait pas par les armes.

La fin de la Ligue

La reddition de Paris, abandonnée par le duc de Mayenne le 6 mars 1594, constitua une étape décisive : le roi pénétra dans la capitale le 22 mars à l'aube grâce à la complicité du maréchal de Brissac, en lequel les ligueurs avaient placé leur confiance. Aussitôt, le roi confirma que la religion catholique serait la seule autorisée à Paris et jusqu'à dix lieues alentour, gagnant ainsi la neutralité voire la sympathie des ligueurs.

Le ralliement des seigneurs

Le ralliement des grands seigneurs qui avaient pris part à la Ligue nobiliaire coûta fort cher au royaume ; le roi préféra acheter leur soutien plutôt que de continuer à leur livrer bataille. De plus, il escomptait, par une gestion saine des fiefs récupérés, rentrer rapidement dans ses frais. Après avoir acheté 1 700 000 livres la trahison de Brissac, qui lui avait livré Paris, il reçut Rouen et la Normandie du marquis de Villars, en échange de la charge d'amiral de France, donna la Provence et 3 900 000 livres au duc de Guise, s'assura du soutien militaire du duc de Lorraine contre 3 800 000 livres. Le ralliement de Mayenne fut plus difficile, le duc continuant le combat avec l'aide des Espagnols ; après l'humiliation de ces derniers à Fontaine-Française, près de Dijon, le 5 mars 1595, où ils se retirèrent sans combattre, Mayenne se rallia au roi en novembre 1595. Son conseiller Villeroi accepta un poste de secrétaire d'État et diverses compensations, en argent et en offices, pour ses proches. Ce n'est que le 20 mars 1598 que se rallia le dernier rebelle, le duc de Mercœur.

Les sommes payées aux chefs ligueurs furent sans doute supérieures aux chiffres officiels, du fait des clauses secrètes ; Sully estimait le coût total des ralliements à 10 millions d'écus  environ 30 millions de livres  tandis que le chiffre officiel se montait à environ 7 millions d'écus. Nombre de villes, cependant, se rallièrent spontanément, après avoir chassé les ligueurs.

Les premières tentatives d'assassinat

Si la Ligue était défaite militairement et politiquement, certains de ses éléments les plus extrémistes ne renoncèrent pas à l'attentat individuel. Ainsi, la tentative d'assassinat de Jean Châtel ne fut pas isolée ; elle fut près de réussir puisque, le 27 décembre 1594, le jeune homme parvint à blesser le roi au visage  l'assassin visait le cou, mais au dernier moment le roi s'était baissé.

Châtel étant un élève des jésuites, ces derniers furent expulsés de France par une décision du parlement de Paris du 29 décembre 1594, tandis que l'un des maîtres de Châtel, le père Guignard, fut pendu.

La fin de la guerre avec l'Espagne

L'Espagne, puissant allié de la Ligue, fut aussi défaite au terme d'une lutte longtemps indécise. En 1595, Cambrai tomba aux mains des soldats de Philippe II, ainsi que Calais en avril 1596 ; Henri IV renonça à reprendre Cambrai et vint mettre le siège devant La Fère, place forte livrée aux Espagnols par le duc de Mayenne ; La Fère fut prise par Henri IV en mai 1596. Les Espagnols parvinrent encore à prendre Amiens en mars 1597, mais les troupes royales dirigées par Henri IV parvinrent à reprendre la ville en septembre.

L'édit de Nantes et la paix de Vervins (1598)

La paix religieuse fut rétablie par l'édit de Nantes, signé selon la tradition le 13 avril 1598, en réalité le 30 avril. Il assurait aux protestants des gages sérieux : liberté du culte, garanties juridiques, politiques et militaires. Le 2 mai 1598, le traité de Vervins (bourg situé au nord-est de Laon), conclu entre Henri IV et Philippe II d'Espagne, confirma la paix du Cateau-Cambrésis (1559). Les Espagnols rendaient toutes les places prises en Picardie, y compris Calais, mais gardaient Cambrai et le Charolais. Cette paix avantageait la France et consommait l'échec des ambitions hégémoniques de Philippe II.

Cependant, Henri IV dut ménager ses sujets calvinistes, déçus par sa conversion. Constituant un groupe de pression puissant emmené par les ducs de Bouilllon et de La Trémoille, ils n'en furent pas moins réduits à une attitude défensive : conserver le bénéfice de l'édit de Nantes, qui les protégeait mais limitait leur pouvoir.

Le bon roi Henri

Désormais, le roi était seigneur en son royaume. Si Henri IV pratiqua à merveille l'art de la bonhomie souriante, étant soucieux de son image et de sa popularité, il n'en fut pas moins un monarque autoritaire.

La réorganisation de l'État royal

Le roi se voulait absolu, mais il écouta ses conseillers, qu'il prenait soin de nommer et qu'il disgracia très rarement. Ils se répartissaient en un Conseil des affaires, un Conseil d'État, un Conseil des finances, et un Conseil privé, chargé de rendre la justice.

Les fidèles serviteurs du roi

À partir de 1598, la monarchie retrouva bon nombre de ses moyens d'action, perdus lors de la crise : le personnel royal servit à peu près fidèlement. Le roi envoya dans les provinces, pour une durée indéterminée, des commissaires aux pleins pouvoirs, qui préfiguraient les intendants. Il employa sans hésiter les bons serviteurs de ses prédécesseurs, parmi lesquels beaucoup de robins, ou magistrats, à commencer par Villeroi, qui faisait déjà partie du Conseil de Henri III puis avait servi le duc de Mayenne.

Sully

Le plus remarquable des ministres d'Henri IV fut Maximilien de Béthune, devenu duc de Sully en 1606, qui entra au conseil des Finances dès 1596. Même s'il n'occupa la première place au Conseil qu'à partir de 1605, Sully y joua très rapidement un rôle éminent : il était le seul membre du Conseil qui ait partagé les duretés de la vie militaire avec le roi, ce qui lui assurait une intimité privilégiée, que ses qualités d'économistes renforcèrent encore. Sully mena une politique de rigueur, réduisit les tailles (impôts directs) et réussit à renflouer les caisses de l'État. Symbole de l'efficacité de cette reprise en main : l'existence de réserves monétaires en 1610, avec le trésor de la Bastille qu'avait constitué le précieux ministre.

Le redressement du royaume

Le principal acquis du règne fut à l'évidence la paix retrouvée, qui permit au royaume, durement éprouvé par quarante ans de troubles, de se relever. La reprise démographique fut significative, et l'on estime le nombre de Français, en 1610, à près de dix-sept millions, dont 80 % de paysans.

La paysannerie

Dans le domaine agricole, les niveaux de production céréalière rattrapèrent les records du XVIe siècle. Le «second règne» de Henri IV fut en apparence une période favorable à la paysannerie. Le redressement rural était à la fois la conséquence de la paix et des efforts de reconstruction des propriétaires. Malheureusement, la réalité ne correspondait pas à la vision idyllique du paysan trouvant chaque dimanche sa «poule au pot» sur sa table. Le climat lui-même se montra défavorable  on parle alors d'un «petit âge glaciaire». Quant aux mesures prises par le roi en faveur des paysans, elles ne furent destinées qu'à pallier les effets des abus les plus notoires.

Les croquants

Les révoltes paysannes furent nombreuses : bonnets rouges en Bourgogne, gauthiers en Normandie, et croquants dans le centre de la France. Elles trouvèrent leurs causes dans un refus du compromis religieux et dans l'exaspération face à la baisse des revenus, encore aggravée par les groupes de brigands. La plus importante de ces révoltes fut celle des croquants : vers 1593, les paysans du Limousin, et bientôt du Périgord, s'organisèrent en groupes de combattants, élaborant leurs revendications au cours de réunions locales, et se détachant du pouvoir de la noblesse. Une partie d'entre eux furent massacrés en juin 1594, et le mouvement s'éteignit l'année suivante, sans que le sort des paysans de cette partie du royaume s'améliorât vraiment.

L'industrie et le commerce

Le roi, avec l'aide de Barthélemy de Laffemas, qui présida le conseil du Commerce, relança une politique mercantiliste qui aboutit à développer l'industrie. Des édits soutinrent les essais d'activités nouvelles : tapisserie des Gobelins, dentelles de Senlis, verrerie de Melun, draperies de Reims ou de Senlis. Certains essais furent cependant de cuisants échecs, telle l'acclimatation du ver à soie dans la région parisienne que tenta Olivier de Serres. Les corporations nouvelles furent réglementées, mais elles furent régies par les privilèges accordés aux artisans et aux manufacturiers. Le redressement du commerce extérieur donna lieu à des traités avec l'Angleterre et la Turquie. Henri IV souhaita également renouer avec la politique coloniale entamée par François Ier : après plusieurs essais infructueux outre-Atlantique, Champlain fonda Québec en 1608.

Sully, qui occupait la charge de grand voyer, modernisa le réseau routier. Il ordonna la construction de canaux, dont le canal de Briare, joignant la Seine à la Loire.

Les finances royales

Aux fruits de la paix s'ajoutèrent ceux de l'action du pouvoir. L'allégement des tailles, la recherche des exemptés illégaux et la création de la paulette  qui institua l'hérédité des charges moyennant une redevance annuelle (1604)  furent les signes d'une volonté de rééquilibrer le fardeau fiscal en demandant une contribution plus importante aux plus aisés. De même, des poursuites contre les financiers enrichis furent engagées pour leur faire payer d'importants redressements, qui profitèrent, en premier lieu, au trésor royal.

En 1596 fut convoquée une assemblée des notables du royaume ; face aux problèmes financiers, les notables acceptèrent un nouvel impôt dit de la pancarte, qui s'appliquait sur les marchandises vendues au taux de cinq pour cent, soit un sou par livre. Cependant, la pancarte, fort impopulaire, fut supprimée en 1602. Cette même année, Sully mit en place une nouvelle réforme monétaire, qui rétablit la distinction entre monnaie réelle et monnaie de compte. Cette mesure permit la reprise de la frappe dans tout le royaume.

Le mécénat royal

Le renouveau du mécénat royal au Louvre, où Henri IV fit construire la Grande Galerie, est un signe du dynamisme retrouvé. Fontainebleau et Saint-Germain, sans oublier les places nouvelles de Paris et l'achèvement du Pont-Neuf, en sont la preuve. Henri IV s'intéressa à l'urbanisme ; il fit tracer soixante-huit nouvelles rues dans Paris, et projeta de nombreuses réalisations dont certaines ne virent le jour qu'après son assassinat. Paris fut ainsi l'objet de l'attention vigilante du roi, ce qui s'explique par l'installation de la cour à Paris ; auparavant, en effet, le roi et sa cour était volontiers itinérants, mais avec Henri IV, Paris devint de fait la capitale du royaume, ce qui y attira un grand nombre d'officiers royaux et contribua à l'importance économique et financière de la ville.

L'héritage du trône

A la suite de l'édit de Nantes, le roi, qui comptait de nombreuses conquêtes féminines, songea à épouser sa maîtresse en titre, Gabrielle d'Estrées, et à légitimer ses bâtards. Il fallait cependant dissoudre au préalable son union avec Marguerite de Valois, laquelle, très hostile à la maîtresse royale, s'opposait au projet. Or, Gabrielle d'Estrées mourut en 1599  elle fut peut-être empoisonnée.

Marie de Médicis

Le roi se tourna vers une princesse italienne, Marie de Médicis, dont l'oncle, le grand-duc de Toscane, détenait une énorme créance sur le roi de France  plus d'un million d'écus. La négociation pour le mariage se doubla donc d'une négociation sur la dette. Une fois obtenu du pape Clément VIII le divorce d'avec Marguerite de Valois (31 août 1599), Henri IV épousa Marie de Médicis, ce qui allégeait sa dette du montant de la dot, soit 600 000 écus. En outre, le mariage avec une Médicis visait également à resserrer les liens du premier Bourbon avec l'Église  ce que démontra par la suite la politique catholique militante de la reine, devenue régente après l'assassinat du roi. Les époux reçurent la bénédiction nuptiale à Lyon le 17 décembre 1600.

La naissance du dauphin

Le 27 septembre 1601, à Fontainebleau, naquit le futur Louis XIII ; c'était la première fois depuis Henri II qu'un roi de France avait un dauphin  aussi l'événement était-il considérable. Peu de temps après naquit un bâtard, fils d'Henriette d'Entragues, la nouvelle maîtresse du roi. Marie de Médicis donna encore naissance à Élisabeth (1602), qui deviendra reine d'Espagne, Christine ou Chrétienne (1606), Nicolas (1607), qui mourra à l'âge de quatre ans, Jean-Baptiste Gaston (1608), futur duc d'Orléans, et Henriette (1609), future reine d'Angleterre. À partir de 1604, Henri IV souhaita que tous ses enfants, légitimes et légitimés, soient élevés ensemble, au grand scandale de la reine.

Les complots

Le maréchal de Biron, gouverneur de Bourgogne, qui avait été l'un des plus proches compagnons d'armes du roi, déçu malgré les honneurs reçus, qu'il jugeait insuffisants, commença à comploter contre Henri IV dès 1596. Il se rapprocha de l'Espagne et du duc de Savoie, et entraîna avec lui le vicomte de Turenne, duc de Bouillon, protestant irrité par la politique royale et qui, comme lui, croyait encore à une politique d'indépendance des grands seigneurs. Ils cherchèrent peut-être à assassiner le roi, et furent trahis par un aventurier, La Nocle. Le roi mena lui-même l'enquête en juin 1602, et, devant les négations du maréchal, décida de le faire exécuter, tandis que le duc de Bouillon parvenait à s'enfuir et qu'un autre conjuré d'importance, Charles d'Auvergne, fils bâtard de Charles IX, était embastillé. Condamné à mort le 29 juillet, le maréchal de Biron fut décapité le surlendemain, tandis que Charles d'Auvergne était libéré dès le mois d'octobre. Le duc de Bouillon fit sa soumission au roi en avril 1606.

En 1604, la maîtresse du roi, Henriette d'Entragues, complota à son tour, réunissant autour d'elle, notamment, son père et Charles d'Auvergne  qui était son demi-frère. De nouveau, les comploteurs agirent avec l'Espagne, et furent dénoncés par Marguerite de Valois. Henriette d'Entragues fut condamnée à la relégation dans un couvent, tandis que les autres conjurés étaient condamnés à mort. Le roi se montra clément : Henriette conserva sa liberté ; Charles d'Auvergne fut de nouveau mis à la Bastille, où il passa douze années ; François d'Entragues fut assigné à résidence dans son propre château.

Les dernières années (1598-1610)

La politique extérieure restait dominée par les affrontements européens, le plus souvent liés à des questions religieuses. Face à l'Espagne, champion du catholicisme, que suivaient l'Italie et l'Allemagne du Sud, l'Europe du protestantisme regroupait l'Angleterre de Jacques Ier Stuart, les Provinces-Unies et les principautés d'Allemagne du Nord. La France faisait figure d'arbitre, et sa puissance militaire était désormais égale sinon supérieure à celle des Habsbourg.

Une courte guerre contre la Savoie, de 1600 à 1601, permit au roi d'annexer de nouveaux territoires en compensation du marquisat de Saluces, que les Savoyards, profitant de la faiblesse française en Italie, occupaient depuis 1588. Par le traité de Lyon (17 janvier 1601), la France annexait en effet la Bresse, le Bugey et le pays de Gex.

En 1602, Henri IV signa avec les cantons suisses le traité de Soleure, qui lui assurait des hommes nécessaires à ses entreprises guerrières. En juin 1603, l'ambassade de Sully auprès du Stuart avait assuré la France de l'amitié, sinon de l'alliance, de l'Angleterre. Enfin, Henri IV pouvait désormais s'appuyer sur l'important effort de réorganisation militaire mené à bien par Sully.

La succession du duché de Clèves

Des troubles éclatèrent dans l'empire des Habsbourg à la mort de Jean-Guillaume de Clèves (25 mars 1609). L'équilibre religieux de l'Empire était remis en cause par l'affaire de la succession du duc, qui outre Clèves, possédait le duché de Juliers : les prétendants étaient nombreux, et de religions différentes. Henri IV, soucieux d'empêcher la mainmise de l'Espagne sur ces territoires, renoua l'alliance avec les princes protestants allemands contre Madrid et Vienne. Cependant, Rodolphe de Habsbourg occupa Juliers en juillet 1609.

La rapidité et la vigueur de la réaction du roi de France étonnèrent : il leva une armée de près de quarante mille hommes  effort sans équivalent depuis Henri II. Outre sa volonté de contrer l'Espagne, il cherchait à occuper Bruxelles, où était séquestrée Charlotte de Condé, de laquelle il était épris.

L'entrée dans la guerre, perçue comme une décision hostile à la religion et au parti catholique, fut impopulaire : elle fit craindre le retour d'une lourde fiscalité ; surtout, elle irrita les adversaires du roi, qui jugeaient secondaire l'enjeu pour lequel l'Europe s'embrasait. Henri IV décida de prendre la tête de ses troupes et, pour affermir l'autorité de son épouse, qui allait exercer le pouvoir en son absence, il la fit couronner à Saint-Denis, le 13 mai 1610. Le Conseil de régence réunissait quinze membres, la reine n'y ayant pas voix prépondérante.

L'assassinat (14 mai 1610)

Le début de la campagne était prévu pour le 19 mai 1610 ; le 14, alors que le carrosse royal s'était mis au pas dans la rue de la Ferronnerie, une silhouette se dressa à la portière et frappa Henri IV. Le roi, mortellement blessé de deux coups de couteau, mourut au Louvre quelques minutes plus tard.

Ravaillac, assassin isolé ou manipulé ?

Sur le moment, l'assassin, François Ravaillac, valet de chambre d'un magistrat d'Angoulême puis frère convers au couvent des Feuillants de Paris, fit figure de coupable isolé. Il justifia son acte par les théories sur le tyrannicide, alors largement répandues. Cependant, les parlementaires gallicans chargés de l'enquête virent bientôt derrière l'assassin la main de leurs cibles favorites : les jésuites et l'Espagne. Les personnes directement mises en cause furent Henriette d'Entragues, son ami le duc d'Épernon, les Concini, amis de l'Espagne, et d'anciens ligueurs.

Si Ravaillac fit en effet un temps partie de ces milieux, il est impossible d'affirmer qu'il fut commandité ou même manipulé, d'autant que, mis à la torture, il ne donna aucun nom ; pourtant, la version de la conspiration apparaît comme l'explication la plus cohérente d'un crime qui brisa net une politique concertée.

Ravaillac fut écartelé en place de Grève le 27 mai 1610.

La naissance du mythe henricien

Henri IV fut inhumé à Saint-Denis le 1er juillet 1610. À la suite de l'assassinat, l'immense majorité des Français fut accablée d'une douleur dont l'ampleur était à la mesure du risque encouru : celui du retour du désordre et des guerres. Les reproches qui fusaient dans les derniers mois du règne furent oubliés, seul le souvenir du temps du «bon roi Henri», d'«Henri le Grand», resta dans les mémoires. La légende qui fit de son règne un véritable âge d'or naquit dès les mois qui suivirent l'assassinat, avec une multitude d'ouvrages imprimés, panégyriques, et œuvres historiques ; publiées en 1638, les Économies royales, de Sully, constituent l'ouvrage majeur parmi ceux consacrés à la gloire du roi défunt.