Louis XI

(Bourges, 1423 — Plessis-lès-Tours, 1483)

Roi de France (1461-1483).

Louis XI, «l'universelle araigne», est souvent présenté comme un monarque cruel, mais il faut pourtant remarquer qu'à l'inverse de la plupart des souverains qui le précédèrent et de ceux qui le suivirent, il fut économe du sang de ses sujets, cherchant toujours à résoudre les conflits par la voie diplomatique plutôt que par les armes, préférant acheter le départ de l'ennemi plutôt que de le combattre. Sa ruse, sa «cautele» comme on disait alors, par laquelle il parvint à se défaire des Bourguignons et à éloigner la menace anglaise, est aussi célèbre que son goût immodéré pour la chasse ou pour les pèlerinages à la Vierge Marie. En vingt-deux années de règne, au cours desquelles il profita d'une conjoncture économique favorable, il parvint à faire oublier les ravages de la guerre de Cent Ans. Il accomplit alors une œuvre fondamentale en accroissant les territoires de la couronne et en donnant à l'État royal les bases administratives que développeront ses successeurs.

Un dauphin rebelle

Fils de Charles VII et de Marie d'Anjou, le futur Louis XI naquit le 3 juillet 1423, dans le palais épiscopal de Bourges. Par le traité de Troyes (1420), son grand-père, Charles VI, frappé par la démence, avait déshérité son fils aîné, Charles VII, au profit du roi d'Angleterre, Henri V. Au moment où Louis vit le jour, Charles VII était donc en train de lutter pour reconquérir son royaume, et la naissance d'un héritier du trône de France représentait un atout important pour le «roi de Bourges».

Une enfance studieuse

La situation militaire étant très instable, il fut décidé vers 1426 d'éloigner de Bourges l'héritier du trône afin de veiller à sa protection, et Louis passa ses années d'enfance au château de Loches, puissante forteresse où il fut confié aux soins de sa marraine, Catherine de L'Isle Bouchard, l'une des têtes du parti bourguignon. À partir de 1429, Louis fut placé sous la conduite d'un précepteur, Jean Majoris, proche de Jean Gerson ; outre le latin, il apprit l'art d'écrire, dans lequel il allait bientôt s'illustrer - dès qu'il prit possession du Dauphiné, puis durant tout son règne, il donna chaque jour des instructions écrites à ses officiers, en des termes d'une remarquable précision. Il reçut son éducation militaire de Guillaume d'Avaugour, qui en fit un cavalier chevronné  Louis XI fut l'un des rois qui sillonna le plus son royaume à cheval.

En 1429, Charles VII fut sacré à Reims grâce à l'intervention de Jeanne d'Arc, et la situation des Valois s'améliora. Après l'éviction de La Trémoille par le connétable de Richemont, Louis quitta Loches, en 1433, pour Amboise où il retrouva sa mère, ce qui correspondait à une victoire du parti angevin sur le parti bourguignon.

En 1435, l'évacuation de Paris par les Anglais et la paix d'Arras entre Charles VII et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, permit de desserrer l'étau ennemi ; la guerre de Cent Ans n'était cependant pas finie, et le règne de Charles VII restait marqué par l'indécision du souverain, les disputes de ses favoris, l'emprise grandissante que ses maîtresses exercèrent sur lui  Agnès Sorel, puis, après la mort de celle-ci, en 1450, sa cousine Antoinette de Maignelais.

Les premières responsabilités (1436-1439)

Le 25 juin 1436, à Tours, Louis épousa Marguerite d'Écosse, fille du roi Jacques Ier, alors âgée de onze ans ; cette union visait à rapprocher la France de l'Écosse, son alliée traditionnelle contre l'Angleterre. En 1436-1437, Louis accompagna son père en Dauphiné, en Auvergne, ainsi qu'en Languedoc, que Charles VII voulait pacifier et ramener à l'obéissance. En juillet 1437, Louis se distingua en prenant Château-Landon, qui était tenu par une garnison anglaise, ainsi que Montereau, puis le 12 novembre suivant, il fit son entrée dans Paris aux côtés du roi. Afin de parachever la pacification du sud du royaume, Charles VII nomma son fils gouverneur général du Languedoc en mai 1439 ; Louis fit son entrée à Toulouse le 25 mai. Après avoir choisi ses propres conseillers, il restaura les finances royales dans la province et négocia, grâce aux subsides obtenus, le départ des écorcheurs, compagnies de soldats licenciés qui mettaient la région à feu et à sang.

Son père se refusa pourtant à lui confier de nouvelles responsabilités, une fois le Languedoc pacifié, et lui retira cette charge dès le mois de novembre pour lui confier la lieutenance général du Poitou, Aunis et Saintonge, mais cette fois sous tutelle des conseillers royaux.

La Praguerie

Revenu à la cour en 1440, Louis prit part à la révolte des seigneurs emmenés par les ducs d'Alençon et de Bourbon, qui critiquaient les conseillers du roi et la passivité de celui-ci. Le dauphin avait déjà dépassé la majorité royale (treize ans), et les rebelles le jugeaient plus apte que son père à assumer le destin du royaume  sans doute espéraient-ils également pouvoir le manœuvrer facilement selon leurs propres intérêts. Les ligueurs prévoyaient de s'emparer de Charles VII, mais ils furent rapidement défaits par les troupes royales. Le 15 juillet 1440, Louis dut faire sa soumission à Cusset, et obtint le gouvernement du Dauphiné, mais le roi refusa de pardonner les seigneurs rebelles, ainsi que le dauphin le lui demandait  Louis révélait là l'un des traits constants de son comportement en politique, la fidélité aux alliés. Cette révolte fut nommée «Praguerie», par analogie avec le soulèvement hussite de Bohême.

Le chef militaire (1441-1447)

En 1441, Louis participa aux campagnes du roi pour reprendre Creil et Pontoise aux Anglais. Puis, le 14 août 1443, il commanda l'attaque qui permit de reprendre Dieppe. À l'automne suivant, il se dirigea vers le sud et soumit le comte Jean IV d'Armagnac, qui refusait de reconnaître le roi de France comme son suzerain ; vaincu à L'Isle-Jourdain, en janvier 1444, le comte d'Armagnac fut aussitôt emprisonné à Carcassonne.

Les écorcheurs

En 1444, le dauphin se vit assigner une nouvelle mission. Les bandes d'écorcheurs, désœuvrées  l'Angleterre et la France avaient conclu une trêve le 28 mai 1444 , semaient la terreur dans les campagnes. Or, Frédéric III d'Autriche, en difficulté face à la plupart des cantons suisses, avait demandé au roi de France de lui venir en aide en août 1443. Charles VII vit là l'occasion d'aider un allié tout en soulageant le royaume des bandes de pillards qui l'infestaient : il confia à son fils le soin de mener les écorcheurs contre les Suisses. Louis fit réunir les bandes de routiers le 28 juillet 1444 à Langres, et le 5 août, il se mit en marche avec les écorcheurs, accompagnés d'une armée royale. Pillant tout sur leur passage et détruisant les récoltes, ses routiers se dirigèrent vers la Suisse. Le 26 août, à Saint-Jacques, près de Bâle, les Suisses subirent une défaite décisive, tandis que quelque quatre mille écorcheurs étaient tués. Puis, dans les semaines qui suivirent, Louis répartit ses compagnies en Alsace, Frédéric III ayant refusé de livrer les villes qu'il avait promises en échange de l'aide des Français.

Le bannissement

Le 16 août 1445, la mort de Marguerite d'Écosse, dont il n'avait pas eu d'enfant, lui ouvrit la perspective d'un mariage plus conforme à ses propres vœux. Le 28 décembre 1446, la reine eut un second fils de Charles VII, prénommé Charles ; à ce moment, Louis était âgé de vingt-trois ans, et s'il n'avait pas d'enfant, ce serait son jeune frère qui hériterait un jour de la couronne de France  sa position politique s'en trouva affaiblie. En 1446, Louis fut banni du royaume pour quatre mois, et autorisé à se rendre en Dauphiné, qui n'était pas rattaché au royaume de France tout en étant dévolu à l'héritier de la couronne, appelé pour cette raison «dauphin de Viennois». Louis quitta la cour de Charles VII au tout début de l'année 1447.

L'exil en Dauphiné (1447-1456)

Dans le Dauphiné, Louis fit preuve de ses grandes capacités d'homme d'État ; il fut le premier dauphin à s'y installer et à en assumer réellement le gouvernement. Dès son arrivée, le futur roi réunit les états généraux. Il simplifia l'administration, fonda une université à Valence en 1452, encouragea l'agriculture et le commerce par diverses mesures fiscales. Parallèlement, il invita les artisans étrangers à s'installer dans le Dauphiné, soumit les grands féodaux à son autorité, nomma aux divers bénéfices ses proches et alliés, parfois contre les candidats de son père, et organisa une armée. Ces innovations, qui furent reprises plus tard à l'échelle du royaume, suscitèrent déjà de multiples éloges.

Louis montra son indépendance par rapport à son père en épousant, contre l'avis de celui-ci, Charlotte de Savoie, alors âgée de douze ans, d'abord par procuration le 2 avril 1450, à Grenoble ; la cérémonie fut célébrée le 9 mars 1451 à Chambéry  l'envoyé du roi y arriva trop tard pour l'empêcher. Louis renforçait ainsi l'alliance avec son voisin, un duc aux velléités d'indépendance qui déplaisait à Charles VII. Le roi, furieux de la désobéissance de son fils, lui supprima sa pension, le coupa de ses alliés et le menaça de ses troupes, ce qui convainquit le duc de Savoie de faire sa soumission en octobre 1452.

Dans le même temps, la position de Louis à la cour de France s'était trouvée affaiblie avec l'arrestation de Jacques Cœur (31 juillet 1450), dont le dauphin était un proche  après la condamnation de l'argentier, Louis garda sa faveur à ses fils. Il ne fut pas autorisé par son père à se joindre aux entreprises de reconquête de la Normandie (de 1449 à 1450), et de la Guyenne (bataille de Castillon, le 17 juillet 1453, qui mit fin à la guerre de Cent Ans), bien qu'à plusieurs reprises il eût envoyé des ambassades auprès de lui pour lui demander d'y participer. Aussi son père, face aux refus successifs de Louis de venir faire sa soumission, finit par décider d'envahir le Dauphiné, tâche qu'il confia à Antoine de Chabannes, ancien capitaine d'écorcheurs, qui avait accompagné le dauphin en 1444 dans son entreprise contre les Suisses, et était resté fidèle à Charles VII.

Auprès de Philippe de Bourgogne (1456-1461)

Dès que Louis apprit l'invasion du Dauphiné par les troupes royales, le 30 août 1456, il choisit de s'enfuir. Il prétexta vouloir apporter à son oncle Philippe de Bourgogne son soutien dans la croisade à laquelle le duc avait fait vœu de partir en 1454 lors du «banquet du Faisan». Louis écrivit alors à son père : «  comme vous savez, bel oncle de Bourgogne [Philippe le Bon] a intention de brièvement [bientôt] aller sur le Turc à la défense de la foi catholique, et que ma volonté serait bien d'y aller [] attendu que notre saint père le pape m'en a requis» (lettre du 31 août 1456 adressée à Charles VII). Le roi, en réponse, fit savoir au royaume que son fils était «soudainement party et absenté du pays de Dauphiné où il estoit, dont nous avons été bien émerveillez [étonné] et desplaisants [mécontent]» (14 septembre 1456) ; Charles VII termina la conquête du Dauphiné, auquel il imposa son administration.

Après un bref séjour dans le Jura, à Saint-Claude, le dauphin se réfugia à Genappe, en Brabant, sous la protection de Philippe le Bon. Louis étant dépourvu d'argent, le duc de Bourgogne lui assigna une importante pension. Le dauphin fit venir sa femme auprès de lui, de laquelle il eut un garçon en 1459, qui mourut presque aussitôt. Les relations entre Louis et le duc se détériorèrent peu à peu, tandis qu'il construisait son propre réseau d'alliances avec François Sforza, duc de Milan, et avec Warwick, chef du parti yorkiste en Angleterre. Il resta à la cour de Bourgogne jusqu'à la mort de son père, nouvelle qu'il reçut vers la fin de juillet 1461  Charles VII était mort le 22 juillet à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges.

Le roi cauteleux (1461-1483)

Louis rentra aussitôt en France et fut sacré à Reims, le 15 août de la même année. Il fit son entrée solennelle dans Paris le 31 août, mais repartit bientôt pour la Loire et établit son gouvernement à Tours, où il arriva le 9 octobre. Louis avait été un dauphin rebelle, et il avait attendu longtemps de pouvoir monter sur le trône  il avait alors trente-huit ans. «Je puis faire ce qu'il me plaît», déclara-t-il alors. Il mena une politique hardie et cependant empreinte de prudence, préférant toujours la diplomatie à la guerre, et s'assura bientôt la réputation d'être un roi particulièrement rusé.

La politique religieuse

Le 27 novembre 1461, Louis XI abolit la pragmatique sanction de Bourges, que Charles VII avait promulguée pour limiter les pouvoirs du pape sur le clergé de son royaume. Le nouveau roi, en abandonnant le gallicanisme intransigeant, cherchait à limiter les prérogatives acquises par les grands vassaux de la couronne, notamment dans l'élection des évêques. Pourtant, confronté aux abus de pouvoir du Saint-Siège, il remit cet édit en vigueur dès 1463-1464, avant de négocier de nouveaux concordats.

A la fin de son règne, Louis XI entra en conflit avec le pape, Sixte IV, à propos de la politique que ce dernier menait contre Florence et Laurent de Médicis, alliés de la France.

La politique intérieure

Dès son arrivée au pouvoir, Louis XI chercha à limiter l'influence des grands vassaux ; il ôta le gouvernement de la Guyenne au duc de Bourbon, le plus puissant des grands seigneurs après le duc de Bourgogne. Sa politique brutale à l'égard des conseillers de son père inquiéta les grands du royaume et provoqua bientôt une révolte de la noblesse. En luttant contre les grandes enclaves, Louis XI contribua notablement à l'œuvre de centralisation monarchique des Capétiens.

La montée des périls (1461-1465)

Le principal ennemi de Louis XI fut le puissant Charles, comte de Charolais, qui devint duc de Bourgogne à la mort de son père Philippe le Bon, en 1467, et que l'on devait bientôt appeler le Téméraire en raison de la démesure de ses ambitions. Riche et bien administrée, la Bourgogne dominait la Flandre, aux opulentes villes drapières, et constituait une menace pour les frontières nord et est du royaume. D'autres seigneurs possédaient d'immenses domaines, notamment le duc de Bourbon et celui de Bretagne. Enfin, le frère cadet de Louis fut manœuvré par les grands et desservit la politique du roi.

En octobre 1463, Louis XI, soucieux d'éloigner les possessions bourguignonnes de la capitale, fit valoir l'une des clauses du traité d'Arras, que Charles VII avait signé en 1435 avec Philippe le Bon et par lequel il lui avait cédé les villes de la Somme ; Louis XI racheta ces villes pour 400 000 écus, ainsi qu'il en avait la possibilité, bien que le comte de Charolais eût tenté de dissuader son père d'en accepter la restitution. Ce faisant, le roi s'attira l'hostilité durable du comte de Charolais.

Louis se heurta au duc de Bretagne, qui avait refusé la nomination par le roi de deux hauts prélats, qu'il affirmait être de son ressort. L'affaire s'envenima, au point que le duc de Bretagne décida de s'allier au roi d'Angleterre dans une éventuelle expédition contre le roi de France. Le roi tenta de se réconcilier avec les princes lors de l'assemblée de Tours, en décembre 1464, en accusant le duc de Bretagne de semer le trouble par ses relations avec l'Angleterre. Cependant, son appel à la fidélité de ses vassaux resta sans effet durable.

La ligue du Bien public (1465)

Le 4 mars 1465, le frère du roi, Charles, quitta la cour, et rejoignit le duc de Bretagne. Le duc de Bourbon lança aussitôt une proclamation, dans laquelle il présentait les doléances des nobles et demandait, au nom du bien public, un allégement des impôts. Louis XI entra en campagne contre le duc de Bourbon, qui fit sa soumission après que le roi eut pris Moulins. Mais l'approche des Bourguignons vers Paris, où ils arrivèrent le 5 juillet, conduisit le roi à ramener le plus rapidement possible ses armées, depuis Montluçon jusque vers la capitale. Charles le Téméraire ne réussit pas à prendre Paris et décida de contourner la ville. L'affrontement avec les troupes royales eut lieu au sud de la capitale, à Monthléry.

La bataille de Monthléry (16 juillet 1465)

Le comte de Charolais espérait recevoir entre-temps l'appui du duc de Bretagne, mais celui-ci ne parvint pas à temps sur le champ de bataille, l'armée de Louis XI ayant progressé vers le nord plus rapidement que la sienne, qui venait de la Loire. Affrontement particulièrement meurtrier, la bataille de Montlhéry fut d'abord favorable à Louis XI, dont les troupes, fort aguerries, bousculèrent les Bourguignons, pourtant supérieurs en nombre. Cependant, la trahison de Charles du Maine, qui s'enfuit de l'armée royale en entraînant toute son aile gauche au cours même de l'engagement, permit aux Bourguignons de revenir sur le champ de bataille, et d'empêcher le roi de remporter une victoire décisive.

Le siège de Paris et les traités de paix

Louis décida de quitter promptement Monthléry et entra dans la capitale le 18 juillet ; il en organisa aussitôt la défense. Puis, le 10 août, il en sortit et se dirigea vers Rouen, afin de rallier le royaume à sa cause. Il était de retour le 28 août, à la tête d'une forte armée et avec un chargement de provisions. Les ligueurs ne tardèrent pas à entrer en négociation avec lui, concluant une première trêve dès le 3 septembre  l'approche de la mauvaise saison devait empêcher le siège de se prolonger, même si les conjurés obtinrent de nouveaux succès en prenant Pontoise et Rouen.

Par le traité de Conflans (5 octobre), signé avec Charles le Téméraire, il restitua les villes de la Somme, rachetées en 1463, et finit par céder le très riche duché de Normandie en apanage à son frère Charles, tandis que le traité de Saint-Maur-des-Fossés (29 octobre) accordait divers avantages aux autres princes de la ligue. Le traité de Caen (28 décembre), avec François II de Bretagne, semblait achever la pacification du royaume.

Cependant, Louis XI chercha aussitôt à reprendre la Normandie, que Charles, aux prises avec les Bretons qui refusaient de le laisser maître en sa province, ne parvenait pas à gouverner. Dès mars 1466, les armées royales reprirent le duché, qui revint à la couronne, tandis que Charles de France fuyait en Bretagne, après s'être réconcilié avec François II.

Charles le Téméraire, fort du soutien d'Édouard IV d'Angleterre, s'employa aussitôt à susciter une nouvelle ligue contre Louis XI. Il réunit Charles de France, Jean d'Alençon et François II de Bretagne. Au printemps 1468, Louis XI réunit les états généraux à Tours  ce fut leur seule réunion de tout son règne  dans le but d'obtenir l'appui du royaume contre les princes rebelles. Le 10 septembre 1468, il put ainsi signer le traité d'Ancenis avec son frère Charles et François II par lequel ces deux vassaux promirent de ne plus s'associer au Téméraire ; d'autre part, il fut convenu que l'on trouverait un apanage pour Charles.

L'entrevue de Péronne (9-14 octobre 1468)

Charles le Téméraire proposa alors à Louis XI de conclure un accord, et il invita le roi à se rendre à Péronne. Louis y fut bien accueilli mais se rendit bientôt compte qu'il était entouré d'ennemis ; d'autre part, les discussions avec le Téméraire ne permettaient pas d'envisager la paix. C'est alors que parvint la nouvelle de la révolte des Liégeois, qui avaient, disait-on, massacré leur évêque  ce qui se révéla faux. Charles le Téméraire, convaincu que le roi, dont certains agents avaient participé à la rébellion, se jouait de lui, décida de l'humilier. Louis, cherchant à apaiser le duc de Bourgogne, accepta de céder la Champagne en apanage à son frère Charles  ce qui renforçait la position du Téméraire en France. Cela ne suffit cependant pas, et Louis XI dut accompagner le Téméraire en Flandre pour châtier Liège, ville pourtant placée sous la protection de la France. Liège fut prise d'assaut le 30 octobre, et subit une terrible répression.

En 1469, craignant l'influence de son cadet et afin d'éviter de lui donner la Champagne, le roi lui offrit la Guyenne. La naissance du dauphin, le futur Charles VIII, le 30 juin 1470, en donnant enfin à Louis XI un héritier, atténuait sensiblement la menace représentée par son frère. Enfin, la mort du duc de Guyenne, le 24 mai 1472, élimina tout danger de reconstitution d'une vaste principauté dans le sud du royaume.

L'apogée de la lutte contre la Bourgogne

Louis XI était décidé à ne pas laisser impuni l'affront de Péronne. Mais, pour vaincre la maison de Bourgogne, il devait compter avec la situation en Angleterre. Charles le Téméraire avait en effet pour allié Édouard IV d'York, dont il avait épousé la sœur Marguerite le 3 juillet 1468. Louis XI, pour sa part, comptait sur le comte de Warwick, le «Faiseur de rois», pour rétablir le Lancastre Henri VI, à la chute duquel Warwick avait pourtant contribué de façon décisive. En 1470, Warwick, chassé par Édouard IV, vint proposer ses services à Louis XI, qui, grâce à ses talents diplomatiques, parvint à convaincre les Lancastre d'utiliser les services de Warwick ; ce dernier vint à Angers, le 24 juillet 1470, demander son pardon à Marguerite d'Anjou, épouse d'Henri VI. Après avoir chassé Édouard IV du trône et rétablit Henri VI, Warwick trouva la mort à la bataille de Barnet (14 avril 1471), ce qui entraîna la défaite des Lancastre et modifia définitivement l'équilibre en faveur de la Bourgogne, qui pouvait de nouveau compter sur l'Angleterre yorkiste.

Les échecs du Téméraire devant Beauvais et Neuss

Charles le Téméraire, désormais certain de ne pas être pris à revers par les Anglais, lança son offensive contre le nord du royaume durant l'été 1472. Il prit Nesle mais échoua à prendre Beauvais, défendu courageusement par ses habitants, notamment ses femmes parmi lesquelles s'illustra Jeanne Hachette ; il abandonna le siège de la ville le 22 juillet. Il se dirigea ensuite vers la Normandie et ravagea le pays de Caux. Le 3 novembre 1472, Louis XI parvint à convaincre le Téméraire de signer une trêve, qui dura de fait jusqu'en mai 1475.

Durant ces deux années, le duc tourna ses ambitions vers l'est, et épuisa ses troupes lors du siège de Neuss (30 juillet 1474 - 13 juin 1475), qu'il ne réussit pas à prendre. Pour sa part, Louis XI mit à profit la trêve pour s'assurer du soutien des cantons suisses (traité du 28 octobre 1474) et convaincre les Autrichiens de s'allier à leurs anciens ennemis suisses afin de faire pièce aux ambitions du duc de Bourgogne en Alsace et dans le Jura (traité d'Andernach, en décembre). Il sut déployer à cette occasion toutes ses facultés de persuasion, d'autant qu'il ne promit à l'empereur comme aux Suisses que de l'argent et ne s'était pas engagé à les soutenir militairement contre le duc de Bourgogne.

L'alliance anglaise

Le 25 juillet 1474, par le traité de Londres, les Anglais s'engageaient envers les Bourguignons à débarquer en France et à attaquer Louis XI. Édouard IV débarqua à Calais le 4 juillet 1475, à la tête d'une armée puissante et nombreuse  plus de vingt mille hommes, soit à peine moins que l'armée française , que Louis XI chercha aussitôt à faire repasser la Manche. Pour cela, après avoir pris soin d'empêcher les Anglais de se ravitailler sur le continent, il convainquit Édouard IV de négocier. L'entrevue entre les deux souverains se déroula le 29 août 1475, sur un pont construit tout exprès sur la Somme, à Picquigny. Le roi de France proposa 75 000 écus d'or à l'Anglais, et une rente annuelle de 50 000 écus, qu'Édouard IV accepta en échange de son retrait. En outre, le roi de France invita les soldats anglais à un immense banquet dans la ville d'Amiens, où l'armée anglaise, venue pour combattre, se contenta de festoyer, ce qui fut ressenti à l'époque comme une humiliation.

Charles le Téméraire, abandonné par son allié, dut alors faire face aux armées de Louis XI, qui entrèrent en Bourgogne et s'avancèrent jusque vers Dijon, d'une part, menacèrent Château-Chinon et Autun d'autre part. Le duc de Bourgogne conclut aussitôt une nouvelle trêve avec le roi de France (traité de Soleuvre, 13 septembre 1475). Le Téméraire fut ensuite vaincu par les Suisses à Grandson (2 mars 1476) et à Morat (20 juin 1476), où périt une grande part de l'armée bourguignonne, puis, avec les restes de son armée, il fut écrasé devant Nancy, où il trouva la mort (5 janvier 1477).

L'héritage du Téméraire

Louis XI avait ruiné la maison de Bourgogne. Les états de Bourgogne, réunis à Dijon, se soumirent le 25 janvier 1477, mais une révolte réclamant le retour de Marie de Bourgogne éclata à Dijon (26-30 juin), la «mutemaque», que Louis fit réprimer par La Trémoille. De février à septembre de la même année, l'armée royale soumit la Picardie, l'Artois et le Hainaut (prise d'Arras, 4 mai 1477). En mai 1479, Arras fut rebaptisée Franchise, et ses habitants furent déportés et remplacés par des artisans venus de toutes les provinces du royaume ; Louis XI voulait ainsi punir les bourgeois d'Arras, qu'il accusait de vouloir livrer la ville à Maximilien Ier

Le 18 août 1477, le mariage de Marie de Bourgogne, l'héritière du Téméraire, avec Maximilien de Habsbourg était annonciateur d'un nouveau conflit. Une trêve d'un an fut signée entre Louis XI et Maximilien (11 juillet 1478). À la reprise des hostilités, le roi de France fut vaincu à Guinegate (7 août 1479). En août 1480, Maximilien signa un traité d'alliance avec Édouard IV, mais Louis XI parvint à convaincre le roi d'Angleterre de retourner à la paix avec la France en juin 1481. Par le traité d'Arras (23 décembre 1482), Maximilien laissait à Louis XI l'Artois et la Bourgogne ducale, et recevait la Flandre, le comté de Bourgogne devant revenir en dot à la fille de Maximilien, Marguerite, promise au dauphin.

La soumission du duc de Bretagne

François II, le duc de Bretagne, menait une politique d'alliance indépendante, qui ne pouvait qu'inquiéter le roi, même si l'armée de Bretagne était de très loin inférieure à celle du roi de France. François II fut l'un des principaux rebelles de la ligue du Bien public, y jouant plus un rôle diplomatique que militaire  il arriva trop tard lors de la bataille de Monthléry. Il chercha d'abord à utiliser contre Louis XI son frère Charles, puis, après la mort de celui-ci, il prétexta qu'il avait été empoisonné par des fidèles du roi et chercha à poursuivre sa politique hostile. Il noua des alliances tour à tour avec les Anglais et les Bourguignons, jusqu'à ce que le Téméraire signât le traité de Soleuvre ; jugeant alors sa position plus précaire, il finit par abandonner toute idée de rébellion  du moins jusqu'à la fin du règne de Louis XI  et signa un traité avec le roi le 29 septembre 1475. Il fallut attendre le règne de François Ier et son mariage avec Claude de France, petite-fille de François II, pour que le duché de Bretagne revînt définitivement à la France (18 mai 1514).

En Armagnac, Louis XI fut servi par les circonstances : la mort du comte Jean au siège de Lectoure, sa capitale, et l'emprisonnement de son fils Charles à la Bastille (1473) permirent de faire passer ce comté, autrefois redoutable, dans le giron de la Couronne (1481).

Les relations extérieures

L'Aragon

Par le traité de Bayonne (9 mai 1462), Louis XI accordait son aide à Jean II d'Aragon contre Henri IV de Castille. En échange, il demanda 200 000 écus, avec pour garantie le Roussillon et la Cerdagne. Le roi d'Aragon fut incapable de payer cette somme et, de juillet 1462 à juin 1463, il mena à bien la conquête du Roussillon et de la Cerdagne. Il perdit cependant ces territoires en 1473 avant de les regagner en 1475.

La succession d'Anjou et de Provence
La question de l'Anjou fut réglée lors d'une série de conférences qui se tinrent à Lyon du 4 mai au 9 juin 1476. René d'Anjou, qui n'avait pas d'héritier, laissa l'Anjou au roi à sa mort (10 juillet 1480), tandis que son frère, Charles du Maine, hérita de la Provence. Puis, à la mort de celui-ci (11 décembre 1481), la Provence, à son tour, devint propriété de la couronne de France.
L'Italie

La politique la plus ambitieuse et la plus originale du monarque fut celle qu'il mena vis-à-vis de l'Italie, inaugurée dès la période dauphinoise. Soutenant d'abord l'alliance milano-florentine, il renonça, en 1463, aux droits français sur Gênes. Tout au long de son règne, Louis XI se posa en protecteur de la péninsule italienne contre les convoitises extérieures. Il fut l'ami du duc de Milan, Francesco Sforza, comme de Laurent de Médicis, qu'il sut convaincre de ne plus prêter d'argent aux Bourguignons ni aux Anglais.

La politique économique

Le règne de Louis XI coïncida avec un contexte économique favorable dont le roi entendit bien profiter. Il mit sur pied une audacieuse politique de développement, déjà éprouvée en Dauphiné mais nouvelle par ses ambitions et son ampleur. Homme éclairé, il fut l'un des premiers monarques à considérer que la prospérité des affaires relevait de l'État et qu'il fallait encourager toute initiative dans ce domaine. À ce titre, il se montra soucieux de favoriser le développement des provinces.

La relance du commerce

Persuadé que le commerce était essentiel au royaume par la richesse qu'il lui apportait, Louis XI essaya de convaincre les nobles, les ecclésiastiques et les officiers que l'on pouvait commercer sans déroger  déchoir de son statut de noble. En 1475, il fit frapper une pièce d'or (l'écu au soleil) et suscita la création de foires  à Lyon notamment , ce qui relança l'activité commerciale, longtemps interrompue par les guerres.

Le roi accueillit des artisans, des ouvriers spécialisés natifs de pays voisins (une des clauses du traité de Picquigny prévoyait ainsi la venue d'artisans anglais). Il développa le commerce de draps et de vins de Bordeaux avec l'Angleterre (en 1469, une ordonnance royale réglementa l'industrie de la draperie), installa à Lyon et à Tours une industrie de la soie, protégea l'imprimerie, stimula les activités industrielles, créant, par exemple, la charge de maître général des mines (1471).

Parallèlement, il tenta de développer l'activité portuaire du royaume, en particulier le commerce des épices, sans résultat notable dans ce dernier cas. D'une manière générale, cette politique profita aux villes qui, croissance et stabilité aidant, purent entreprendre de vastes travaux.

Louis dut faire face à diverses insurrections populaires : Tricoterie d'Angers (septembre 1462), Miquemaque de Reims au moment de la ligue du Bien public, entre autres.

Les dernières années

 

Louis XI sentit ses forces décliner vers la fin des années 1470. Il chercha alors le secours de la religion  il fit venir vers lui le saint ermite François de Paule et des médecins. En 1481, il s'installa aux Forges, près de Chinon, où il eut une première attaque ; par la suite, il se rétablit cependant et put effectuer, en 1482, un pèlerinage à Saint-Claude, dans le Jura. La même année, il composa des instructions sur le gouvernement de l'État, destinées à son fils et intitulées Rosier des guerres. Au début de l'été 1483, il s'installa au Plessis-lès-Tours ; il y eut une nouvelle attaque et mourut dans la soirée du 30 août 1483. Il fut enseveli, selon ses vœux, non à Saint-Denis, la nécropole royale, mais à Notre-Dame de Cléry, près d'Orléans. Sa femme, Charlotte de Savoie, mourut le 1er décembre suivant. Ainsi qu'il l'avait souhaité, ce fut sa fille aîné, Anne de Beaujeu, «seule femme de tête de tout le royaume» selon lui, qui assuma la régence pour son jeune frère Charles VIII.

Afin d'affaiblir le lignage des Valois-Orléans, Louis XI avait pris soin de marier sa fille Jeanne de Valois, difforme et que l'on jugeait stérile, à Louis d'Orléans (1476). Cependant, la mort de Charles VIII sans héritier fit de Louis d'Orléans le successeur des Valois directs, sous le nom de Louis XII.

Le sens de l'État

Louis XI fut un modernisateur de l'État. Il réorganisa le système des postes, déjà vieux d'un siècle. Son action en matière fiscale fut brillante : le revenu des impôts doubla entre 1443 et 1483, certes en raison d'une richesse accrue, mais aussi grâce aux efforts intenses d'une administration plus efficace. Par ailleurs, Louis XI décida de faire rédiger les coutumes afin de les uniformiser dans l'ensemble du royaume (ordonnance de Montils-lès-Tours, 1454). Cette dernière entreprise resta néanmoins en suspens, et l'essentiel de la rédaction ne fut achevé que dans les années 1505-1510. Ce demi-échec est dû principalement aux particularismes encore très vivaces, avec lesquels le roi avait néanmoins réussi à composer.

En 1469, Louis créa l'ordre de «Monseigneur Saint-Michel», auquel il nomma trente-six chevaliers, au premier rang desquels son frère, Charles de Guyenne. Il visait ainsi à se constituer un groupe de grands vassaux fidèles.

L'image de Louis XI dans l'historiographie

Les goûts du monarque furent critiqués par nombre d'historiens ; il avait la passion des animaux  notamment des lévriers  et de la chasse à courre, mais on a sans doute exagéré son dédain pour le luxe, même s'il est certain qu'il n'avait pas le train de vie que ses sujets attendaient de leur roi. Quant à son image de souverain inquiétant, elle provient pour l'essentiel d'une interprétation de sa politique qui veut faire du roi un précurseur du cynisme théorisé par Machiavel.

De ces vingt ans de règne pourtant réparateur, l'histoire retient des jugements contrastés. Le chroniqueur Thomas Basin vit en Louis un roi fourbe, ami des gens de peu, tel Olivier Le Daim, son barbier. Les sentences sévères qu'il prononça à l'encontre des opposants (arrestation du cardinal Balue en 1469 ; exécutions du connétable de Saint-Pol en 1475 et du duc de Nemours en 1477) alimentèrent la légende d'un roi cruel, que Voltaire, Diderot ou Victor Hugo entretinrent en dépeignant un souverain diabolique, qui enferme ses ennemis dans des cages de fer, les fameuses «fillettes». Le témoignage de Philippe de Commynes (1447-1511), conseiller du roi, est plus favorable ; il ne cache pas pour autant les défauts du roi, sa méfiance excessive et ses colères violentes.

C'est Michelet qui, le premier, a souligné la modernité du roi, son sens du développement de l'État et son souci d'encourager cette classe dynamique qu'était la bourgeoisie. À sa suite, les historiens ont insisté sur l'affirmation autoritaire de la monarchie contre les états généraux et sur le contexte économique favorable dont profita le règne.