Louis XII

(Blois, 1462 — Paris, 1515)

Roi de France (1498-1515).

Louis XII, arrière-petit-fils du roi Charles V le Sage, était issu de la branche des Valois-Orléans ; il était en effet le petit-fils de Louis d'Orléans et de Valentine Visconti, sur laquelle il fonda par ailleurs ses prétentions sur le duché de Milan. Il était enfin le fils du poète Charles d'Orléans et de Marie de Clèves. En 1476, Louis XI avait imposé à la branche cadette des Valois-Orléans le mariage du jeune Louis avec sa fille cadette, Jeanne de France, qui était infirme ; Louis XII fera annuler son mariage par le pape en décembre 1498, dès son avènement sur le trône.

A la mort de Louis XI, Louis d'Orléans contesta la légitimité du gouvernement d'Anne de Beaujeu, et mena la rébellion des grands seigneurs qui déboucha sur la Guerre folle. Vaincu à Saint-Aubin-du-Cormier (27 juillet 1488), Louis fut fait prisonnier, et passa trois ans en forteresse dans des conditions difficiles. Son cousin Charles VIII le fit libérer en 1491, scellant ainsi la réconciliation entre branche aînée et branche cadette des Valois. En 1494, Louis prit part aux expéditions françaises en Italie, s'illustrant notamment contre les Napolitains.

La suite de l'aventure italienne

En avril 1498, Louis d'Orléans succéda à son neveu Charles VIII, mort sans héritier ; après avoir répudié Jeanne de France, il épousa, en janvier 1499, la veuve de Charles VIII, Anne de Bretagne. La question du mariage réglée, Louis XII, conseillé par Georges d'Amboise, se lança dans la conquête du Milanais, fief de Ludovic Sforza dit Le More ; Louis disposait alors d'une puissante armée, équipée de la meilleure artillerie d'Europe  canons, couleuvrines, arquebuses. Les puissances voisines avaient été neutralisées par la voie diplomatique, et Venise entra dans la ligue dirigée contre Milan. Louis XII parvint à conquérir facilement le Milanais en 1499, avec le concours du condottiere Trivulce, qui en fut nommé gouverneur.

Les Français se rendirent impopulaires, et Ludovic Sforza reprit possession de son duché dès mars 1500. Un mois plus tard, Ludovic Sforza, trahi, fut fait prisonnier ; il fut emprisonné à Loches, où il mourra. Les Français poussèrent leur conquête jusqu'à Naples, avec l'accord de Ferdinand d'Aragon. Ils s'emparèrent de la ville en 1501, mais ils en furent bientôt chassés par leurs alliés aragonais en 1504. Les Français matèrent la révolte des Génois en 1507, puis se tournèrent contre Venise, avec l'appui de Maximilien de Habsbourg, de Ferdinand d'Aragon et du pape, Jules II, réunis dans la ligue de Cambrai (1508). Les Français furent les seuls à marcher contre les Vénitiens, qu'ils battirent à Agnadel (14 mai 1509).

Le pape inquiet de l'expansion française en Lombardie, constitua alors contre eux la Sainte Ligue (1510), qui regroupait Venise  au terme d'un retournement d'alliance typique de Jules II , les Suisses, les Anglais et les Aragonais. Lors de la bataille de Ravenne, en avril 1512, les Français furent vainqueurs mais perdirent leur chef, Gaston de Foix. Impopulaires, ils durent se retirer définitivement, après l'échec d'une nouvelle tentative de reprendre le Milanais menée par La Trémoille et Trivulce, battus à Novare en juin 1513.

Louis XII dut dès lors affronter ses divers ennemis : les Aragonais s'emparèrent de la Navarre méridionale en 1512 ; les Anglais vainquirent les Français à Guinegatte en 1513 ; enfin, en 1513, les Suisses pénétrèrent dans le royaume jusqu'aux portes de Dijon. En 1514, Louis XII fit la paix avec Henri VIII et, Anne de Bretagne étant morte en janvier, Louis se remaria avec Marie d'Angleterre, sœur d'Henri VIII.

La question de la Bretagne

Les affaires intérieures du royaume furent marquées, durant le règne de Louis XII, par les péripéties du mariage de Claude de France. Fille du roi et d'Anne de Bretagne, sa mère souhaitait qu'elle fût mariée avec le petit-fils de Maximilien Ier de Habsbourg, le futur Charles Quint, ce qui aurait maintenu l'indépendance du duché de Bretagne. Au terme du traité de Blois, conclu en 1504 entre les représentants du Habsbourg et du Valois, cette union, une fois scellée, aurait arraché au royaume de France la Bourgogne, la Bretagne, le comté de Blois ainsi que des possessions italiennes. Sans doute Louis XII cherchait-il alors à neutraliser Maximilien afin de garder les mains libres en Italie. Mais une autre solution, défendue par le maréchal de Gié et Louise de Savoie et à laquelle finit par se rallier Georges d'Amboise, l'emporta, qui permettait de garder intact le territoire royal, tout en poursuivant l'intégration de la Bretagne : contre l'avis de la reine, on maria Claude de France avec François d'Angoulême, le futur François Ier.

Le Père du peuple

Sous Louis XII, le pouvoir royal se renforça : le roi fit participer ses quelques conseillers aux décisions (le maréchal de Gié, le cardinal d'Amboise, ainsi que des roturiers comme Florimond Robertet ou Guillaume Briçonnet) ; il se soucia de la popularité de sa politique et alla jusqu'à faire écrire par Pierre Gringore des pamphlets contre Jules II. La politique religieuse de Louis XII fut marquée par un gallicanisme d'abord intransigeant : le concile de Pise (1511-1512), qui réunissait surtout des évêques français, suspendit le pape, mais, lors du concile du Latran (1513), le pape fit condamner les libertés particulières des Églises, ce qui visait directement les Français. Louis XII fut, malgré l'augmentation de la taille qui palliait les pertes de ressources du Milanais, un souverain populaire : on le surnommait le Père du peuple, titre qui lui fut décerné par l'assemblée des notables réunies en 1506.

Il mourut le 1er janvier 1515 et fut inhumé à Saint-Denis aux côtés d'Anne de Bretagne. Leur mausolée est une œuvre remarquable d'un artiste inconnu, qui évoque, sur deux niveaux, les corps mortels des souverains d'une part, et la perpétuité de la fonction royale, d'autre part.