
(Fontainebleau, 1601 — Saint-Germain-en-Laye, 1643)
Roi de France (1610-1643).
Louis XIII est un roi méconnu : bien moins illustre que son père, Henri IV, ou que son fils, Louis XIV, il fut en outre éclipsé par la personnalité puissante de Richelieu, ministre d'exception en lequel il plaça sa confiance de 1624 à 1642. Enfin, la relative brièveté de sa vie — Louis XIII n'avait pas quarante-deux ans lorsqu'il mourut — et celle de son règne effectif en font aux yeux de l'histoire traditionnelle un roi de transition. C'est pourtant sous son règne que furent créés de nombreux instruments du pouvoir, que Mazarin et Louis XIV utiliseront pour faire de la France la principale puissance européenne de leur époque. Enfin, le rôle personnel que joua Louis XIII est loin d'être mineur, ainsi que l'établissent de nombreux documents qui, jusqu'à ces dernières années, avaient été négligés par les historiens.
L'enfance du futur roi est bien connue grâce aux relations qu'en fit son médecin, Jean Héroard ; étudiant le comportement du jeune garçon, Héroard en traça le portrait d'un être sensible, timide — il bégayait légèrement —, même s'il était conscient de son rôle et de sa prééminence sur ses frères et sœurs comme sur les nobles qui le servaient. Initié par Henri IV au rôle de souverain, le jeune Louis assista à son premier Conseil en 1609, debout entre les jambes de son père.
L'assassinat d'Henri IV, le 14 mai 1610, éprouva fortement le dauphin, qui lui était très attaché. Aussitôt, Marie de Médicis fut déclarée régente pendant la minorité du roi, ce que confirma un arrêt du parlement de Paris du 15 mai 1610. Louis XIII fut sacré roi à Reims le 17 octobre de cette même année.
La principale préoccupation de la régente fut de marier ses enfants avec de puissants partis catholiques. Avec l'aide du ministre Villeroy, la reine mena à bien le double mariage espagnol : le 26 janvier 1612, il fut annoncé que Louis XIII épouserait Anne d'Autriche — Henri IV avait lui-même souhaité le mariage du dauphin avec l'infante —, et Élisabeth de France le futur Philippe IV. Le contrat fut signé le 25 août 1612, à la fois à Paris et à Madrid ; Louis XIII épousa Anne d'Autriche à Bordeaux le 28 novembre 1615.
La régente accordait déjà toutes les faveurs au marquis d'Ancre, Concino Concini, qui était le mari de sa confidente Leonora Galigaï. Elle le promut maréchal en 1613, alors qu'il n'avait jamais dirigé la moindre troupe, ce qui exaspéra autant la noblesse que le peuple. Concini acheva de dilapider les réserves accumulées sous le gouvernement de Sully.
Cette politique suscita la première prise d'armes de Condé, qui publia en février 1614 un manifeste dans lequel il réclamait la réunion des états généraux et la suspension des mariages du roi et de sa sœur. Le demi-frère du roi, César de Vendôme, se joignit aux nobles mécontents, mais la révolte s'acheva par le traité de Sainte-Menehould (15 mai 1614), qui suspendait le mariage de Louis XIII en attendant de convoquer les états généraux.
Durant l'été 1614, tâchant d'attacher ses sujets à leur nouveau roi, Marie de Médicis fit visiter à Louis XIII ses provinces de la Loire et de la Bretagne. De retour à Paris le 16 septembre 1614, Louis fut déclaré majeur le 2 octobre, et il ouvrit les états généraux le 27 octobre.
Les états se divisèrent sur la question de la réception du concile de Trente, que le clergé était seul à souhaiter, les autres ordres, noblesse et tiers état, restant fidèles au gallicanisme. En revanche, ils acceptèrent les mariages conclus avec l'Espagne, ce qui était le but principal de la reine-mère. Cette réunion des états généraux fut la dernière avant celle de 1789. Louis XIII leur préféra les assemblées de notables : la première eut lieu à Rouen en décembre 1617 et devait réorganiser les finances du royaume ; la seconde — et la dernière avant celle de 1787 — eut lieu en 1627, et fut de nouveau consacrée aux finances (rachat des domaines, baisse des pensions).
Marie de Médicis, qui n'était plus régente, et son favori Concini conservaient la réalité du pouvoir, tandis que les décisions des états généraux avaient mécontenté une partie de la noblesse, qui dénonçait les mariages espagnols comme facteurs de discorde au sein du royaume, puisque ces unions ne pouvaient qu'inquiéter les protestants. Aussi, en août 1615, Henri de Condé se souleva à nouveau, et rallia à lui les protestants, dirigés par le duc Henri de Rohan ; alors que le roi se rendait à Bordeaux pour y accueillir la nouvelle reine, Anne d'Autriche, Condé sembla vouloir se saisir du roi. Mais le prince préféra conclure la paix : le 3 mai 1616, le traité de Loudun confirmait l'édit de Nantes et accordait charges et pensions au prince de Condé. La faveur de ce dernier ne dura guère, puisqu'il fut arrêté le 1er septembre suivant, et ne fut libéré que le 20 octobre 1619.
Le pouvoir des Concini et de Marie de Médicis était cependant fragile. Les maîtres du moment était très impopulaires, et Concini s'attira bientôt la haine du roi. Louis XIII trouva alors en Charles d'Albert de Luynes son premier soutien, puis parvint à réunir quelques fidèles ; ensemble, ils résolurent de s'emparer du maréchal, voire de l'assassiner. Le 24 avril 1617, Concini fut arrêté par le marquis de Vitry alors qu'il entrait dans le Louvre, et fut aussitôt abattu par ses hommes d'armes ; la femme de Concini fut arrêtée, condamnée à mort le 8 juillet suivant, et exécutée aussitôt.
Le jour même de l'assassinat de Concini, Louis XIII renvoya les ministres du maréchal d'Ancre, parmi lesquels l'évêque de Luçon, futur cardinal de Richelieu. Sur l'ordre du roi, le 3 mai 1617, la reine-mère fut assignée à résidence à Blois, tandis que l'évêque de Luçon fut exilé en Avignon (7 avril 1618). Ainsi, l'assassinat de Concini constitua un véritable coup de force et marqua le début du règne effectif de Louis XIII.
Louis XIII s'appuya alors sur les ministres de son père : Villeroy, du Vair, Brûlart de Sillery, le président Jeanin. Il se trouvait cependant à la recherche d'un homme qui put assurer le pouvoir.
Le roi continua d'accorder sa faveur à Luynes, qu'il combla de cadeaux, d'honneurs et de charges : celui-ci reçut tous les biens du maréchal d'Ancre après son assassinat, fut fait premier gentilhomme de la chambre, duc et pair ; enfin, il obtint l'épée de connétable le 31 mars 1621, avant de partir en campagne contre les protestants. Luynes permit en outre à ses propres parents et amis d'accéder aux plus hautes fonctions, sans qu'ils montrassent une réelle compétence dans les charges qu'ils obtinrent ; ainsi, l'un des frères de Luynes, Cadenet, devint maréchal de France en 1619 et membre du Conseil du roi. Pourtant, Luynes ne reçut jamais aucun poste ministériel.
A Blois, Marie de Médicis commença à intriguer contre son fils ; elle put s'évader du château dans la nuit du 21 au 22 février 1619 ; elle se rendit alors à Angoulême, fief du duc d'Épernon, dont elle avait reçu le soutien. Le roi, cherchant à négocier, rappela de son exil l'évêque de Luçon, qui avait toujours la faveur de la reine et semblait capable d'éviter l'affrontement. En mars 1619, Richelieu se rendit donc auprès de Marie de Médicis et put négocier pour elle le traité d'Angoulême (30 avril 1619) par lequel la reine-mère obtenait le gouvernement de l'Anjou en échange de la Normandie, sans cependant pouvoir revenir au Conseil.
En octobre 1619, la libération du prince de Condé — qui signifiait la condamnation de la politique de Marie de Médicis lorsqu'elle était régente, puisque Condé avait été arrêté sous Concini — fut à l'origine de la deuxième guerre de la Mère et du Fils. La reine-mère reçut le soutien d'une partie de la noblesse, dont les Vendôme, demi-frères du roi, et du duc de Montmorency, ainsi que des protestants groupés autour du duc de Rohan et de son frère Soubise. Le 7 août 1620 se déroula près d'Angers la «drôlerie des Ponts-de-Cé», au cours de laquelle les armées du roi défirent facilement celles de la reine-mère. Le 10 août, un nouveau traité fut signé, qui confirmait celui d'Angoulême ; en outre, le roi autorisait sa mère à revenir au Conseil et s'engageait à obtenir du pape le cardinalat pour l'évêque de Luçon.
En 1620, les protestants assemblés à Loudun demandèrent l'annulation de la restitution des biens du clergé du Béarn ; cela détermina Louis XIII à intervenir militairement contre leur parti.
Dès le mois d'octobre, le roi s'assura de Pau, et y remplaça le Conseil souverain par un parlement. En novembre, il interdit aux protestants de s'assembler, ce qui les entraîna à prendre les armes. Le 16 mai 1621, le roi fit alors mettre le siège devant Saint-Jean-d'Angély, défendue par Soubise ; la ville se rendit le 24 juin. Puis Luynes mit le siège devant Montauban, qu'il ne put prendre (août - 18 novembre 1621), la cité étant puissamment fortifiée et bien défendue par les milices bourgeoises. Le connétable décida alors d'attaquer la place de Monheur, devant laquelle il mourut de maladie le 15 décembre 1621.
La nouvelle campagne débuta en mars 1622. Le roi soumit Royan ainsi que nombre de petites cités rebelles, parmi lesquelles Mont-de-Marsan, Aigues-Mortes et Nègrepelisse, dont la population fut massacrée le 10 juin, en représailles du massacre de la garnison commis l'année précédente. L'armée royale ne parvint pas à prendre Montpellier, et la paix fut signée dans cette ville le 2 novembre 1622 ; elle confirmait l'édit de Nantes — mais les protestants devaient démolir les fortifications de plusieurs de leurs places de sûreté —, et elle soumit les assemblées politiques des huguenots à l'autorisation du roi.
La Rochelle restait la principale place de sûreté des protestants. Or, au cours de l'été 1627, le refus par le roi de démolir le fort Louis, aux environs immédiats de la ville, poussa les Rochelais à faire appel aux Anglais, qui souhaitaient pour leur part contrer Richelieu dans sa politique de création d'une puissante marine de guerre. Le 21 juillet, les Anglais du duc de Buckingham débarquèrent à l'île de Ré, mais se heurtèrent à un spécialiste des sièges, Toiras, qui défendit le fort de Saint-Martin. Leur position à Ré permettaient aux Anglais de ravitailler La Rochelle, mais ils furent chassés de l'île les 8 et 9 novembre.
Le siège de La Rochelle avait débuté dès le 10 septembre. L'armée du roi ne parvenant pas à investir la place, on eut recours à des ingénieurs, que le roi chargea de construire des digues en bois ou en pierre. Louis XIII et Richelieu dirigèrent en personne les opérations militaires et l'encerclement du port. Après que deux flottes anglaises envoyées au secours de La Rochelle eurent échoué dans leur mission — en outre, Buckingham fut assassiné le 2 septembre 1628 —, la ville finit par se rendre au roi, qui accepta le maintien du culte réformé mais fit exiler les chefs protestants ; les murailles furent rasées.
Après une ultime révolte du duc de Rohan, en 1629, la prise de Privas, le 26 mai, marqua la fin des rébellions protestantes — la ville fut durement réprimée, une grande partie de ses habitants fut massacrée, et le roi leur interdit de revenir s'y établir sans son autorisation. Le 27 juin 1629, les protestants obtinrent du roi un édit de grâce, dit paix d'Alais (ou d'Alès), émis en réalité à Nîmes, qui reprenait l'édit de Nantes mais ôtait désormais aux huguenots leurs places de sûreté ; le duc de Rohan était amnistié mais devait s'exiler. La paix d'Alais consacre ainsi la fin du parti huguenot en tant qu'«État dans l'État», avec son organisation militaire propre.
Le cardinal de Richelieu avait su habilement manœuvrer pour devenir indispensable à la fois à la reine-mère et à son fils. La disgrâce qui frappa les Brûlart — le père était chancelier et son fils, le marquis de Puisieux, secrétaire d'État aux affaires étrangères — en janvier-février 1624 laissa la place à La Vieuville, qui mena une politique plus active, notamment dans l'affaire de la Valteline et avec l'alliance de la France aux Provinces-Unies par le traité de Compiègne (10 juin 1624). Mais Louis XIII résolut de se défaire de son ministre, qu'il accusa de ne pas tenir compte de ses décisions, et le fit emprisonner à Amboise, ce qui ouvrit la voie au cardinal de Richelieu, qui entra au Conseil le 13 août 1624. Bientôt, le cardinal dut affronter une noblesse mécontente de l'autorité qu'il avait sur le roi.
Un premier complot eut lieu en 1626 : une partie de la noblesse refusait le mariage de Monsieur avec Marie de Montpensier, alliée de la maison de Guise. Pour le parti dit «de l'aversion au mariage», c'était là courir le risque, si Louis XIII mourait sans héritier, de voir les Guise dominer Gaston devenu roi. Anne d'Autriche était opposée elle aussi au mariage de Monsieur, qui aurait amoindri son rôle. La conspiration fut menée par Marie de Rohan-Montbazon, duchesse de Chevreuse, qui poussa Monsieur à refuser le mariage et à quitter la cour, ce qui revenait à entrer en rébellion contre le roi.
Les sanctions furent sévères : les deux demi-frères du roi, César et Alexandre de Vendôme, furent emprisonnés à Vincennes, d'où César ne sortit qu'en 1630 et où mourut Alexandre ; Henri de Talleyrand-Périgord, comte de Chalais, qui avait projeté d'assassiner Richelieu, fut condamné à mort pour lèse-majesté le 18 août 1626 et décapité le lendemain ; la duchesse de Chevreuse dut s'exiler en Lorraine ; Gaston, que le roi ne pouvait punir tant qu'il était l'héritier du trône, épousa Marie de Montpensier le 6 août 1626, obtint le duché d'Orléans, 560 000 livres de pension annuelle et 100 000 écus de rente.
Les duels, qui étaient interdits par la loi, restaient l'une des traditions à laquelle étaient attachés les nobles, et causaient de nombreux morts parmi eux ; le roi voulut en finir avec cette pratique en faisant prononcer par les juges des peines exemplaires, souvent la mort, parfois même par pendaison, ce qui était outrageant pour un noble.
Le 31 juillet 1626, Louis XIII ordonna que soient démolies les fortifications établies à l'intérieur du royaume, afin de se prémunir contre de nouvelles révoltes de la noblesse. Toujours soucieux d'affirmer son propre pouvoir aux détriment des grands du royaume, Louis XIII supprima la charge de connétable à la mort de Lesdiguières (1626).
Ainsi nommé à partir du prénom du garde des Sceaux, Michel de Marillac, le code Michau (1628) permit aux nobles de se consacrer à des entreprises commerciales et maritimes sans déroger — c'est-à-dire sans perdre leur qualité de noble, le commerce étant considéré par eux comme une occupation indigne. Dans le même temps, il autorisait l'anoblissement des roturiers qui se consacraient avec réussite à ces entreprises, ce qui amorça un bouleversement fondamental dans les structures sociales de l'Ancien Régime.
De 1624 à 1630, Louis XIII partagea le pouvoir avec Richelieu et Marie de Médicis. Cependant, les intrigues de la reine-mère, liée au parti dévot et soutenue au Conseil par le chancelier Michel de Marillac et par le cardinal de Bérulle, entraînèrent la mise à l'écart de Richelieu des affaires de la reine — Richelieu était en effet son surintendant. La crise culmina dans la journée des Dupes (11 novembre 1630), au cours de laquelle Louis XIII trancha en faveur de son ministre ; il fit arrêter le chancelier le lendemain, puis écarta sa mère du Conseil.
Monsieur, hostile à la politique de Richelieu, se réfugia en Lorraine puis aux Pays-Bas ; il publia un manifeste contre le cardinal (30 mai 1631), et obtint le soutien d'Henri de Montmorency ; le Languedoc, dont ce dernier était le gouverneur, entra en dissidence et s'arma contre le roi. Les troupes du maréchal de Schomberg vainquirent les insurgés le 1er septembre 1632 à Castelnaudary. Montmorency, gravement blessé, fut fait prisonnier ; jugé à Toulouse, il y fut condamné à mort et exécuté le 30 octobre 1632, tandis que Monsieur s'enfuyait de nouveau aux Pays-Bas, d'où il ne rentra qu'en 1634.
En 1636, il conspira de nouveau, cette fois avec le comte de Soissons — qui fut tué lors de la bataille de La Marfée (6 juillet 1641) au cours de laquelle les rebelles avaient vaincu les troupes royales ; Soissons est sans doute mort par accident, alors qu'il relevait la visière de son casque à l'aide de son pistolet.
Le roi avait un nouveau favori en la personne d'Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars. Celui-ci crut comprendre que Louis XIII souhaitait se séparer de Richelieu, sans cependant pouvoir prendre la décision d'écarter son ministre — il est certain qu'à ce moment, les relations entre Louis XIII et Richelieu étaient devenues difficiles. Cinq-Mars résolut ainsi de faire renvoyer Richelieu, voire de l'assassiner. Mais sa conspiration fut découverte, soit par un espion du cardinal à la cour de Madrid, le baron de Pujols, soit dénoncée par la reine. Cinq-Mars et son ami François de Thou furent exécutés à Lyon le 12 septembre 1642. Le roi, pourtant, ne se réconcilia qu'imparfaitement avec son ministre, qui lui imposa encore le renvoi de Troisville, capitaine des mousquetaires à cheval, qu'il accusait d'avoir été en liaison avec Cinq-Mars.
Bien que beau-frère du roi d'Espagne, Louis XIII eut comme premier objectif en matière de politique extérieure la lutte contre les Habsbourg. Il suivit en cela Richelieu, contre le parti dévot qui soutenait l'option inverse de lutte contre les États protestants.
La première crise qu'eut à résoudre Louis XIII, à partir de 1621, concerna la Valteline, une vallée alpine qui constituait un lieu de passage stratégique entre les possessions espagnoles du Milanais et celles des Habsbourg de Vienne. La Ligue de Paris réunit la France, Venise et la Savoie, qui cherchaient à mettre fin aux prétentions des Habsbourg comme du pape à contrôler la vallée. Après l'échec de manœuvres diplomatiques rendues complexes par la multiplicité des enjeux, y compris religieux, le coup de force d'Annibal d'Estrées, marquis de Cœuvres — le père d'une des maîtresses d'Henri IV, Gabrielle d'Estrées — chassa les troupes pontificales de la vallée (1625) et aboutit au traité de Monçon (1626), par lequel l'Espagne s'engageait à respecter l'indépendance de la Valteline.
En 1630, la question de la succession de Mantoue poussa de nouveau Louis XIII à intervenir en Italie, Impériaux et Espagnols ne reconnaissant pas les droits de Charles de Gonzague, duc de Nevers, allié de Louis XIII. Le 6 mars 1629, Louis XIII remporta la victoire du Pas-de-Suse ; lors d'une seconde campagne, Richelieu s'empara de la puissante place de Pignerol (29 mars 1630), tandis que Louis XIII soumit la Savoie. Mais la prise de Mantoue par les Impériaux et une forme de fièvre qui faillit être fatale à Louis XIII engagèrent les Français à conclure une trêve — au cours de la négociation se distingua Giulio Mazarini, qui était l'envoyé du pape : en échange de la restitution de ses États au duc de Savoie, Mazarin obtint le départ des Espagnols du Montferrat. Par les traités de Cherasco (1631), le duc de Nevers récupéra le duché de Mantoue, l'Espagne évacua la Valteline, et la France obtint la cession de Pignerol. Cependant, la France perdit l'appui des Grisons et fut chassée de Valteline en 1637, ce qui constitua un grave revers, alors même qu'elle était entrée dans la guerre de Trente Ans.
Avec la mort de Gustave-Adolphe de Suède à la bataille de Lützen (1632), la France perdit son principal atout dans la guerre de Trente Ans, à laquelle elle avait évité jusque-là de prendre part. La France cherchait alors à se prémunir contre les armées qui guerroyaient en Allemagne, et à empêcher l'empereur de porter secours aux Espagnols dans la perspective de la guerre entre Paris et Madrid. Aussi, en août 1633, Louis XIII résolut de s'emparer de la Lorraine, dont le duc, Charles IV, s'opposait à sa politique. Nancy fut prise le 25 septembre, et Charles IV abdiqua, mais son frère prit la tête de la maison de Lorraine, qui poursuivit la lutte diplomatique depuis son exil. En 1641, Charles IV se reconnut vassal de Louis XIII, qui lui restitua ses États, à l'exception de Nancy, occupée par les troupes royales. Le duc de Lorraine trahit aussitôt pour participer au complot du comte de Soissons.
Après la défaite des Suédois à Nördlingen, le 6 septembre 1634, la France se trouva contrainte d'entrer en guerre contre les Habsbourg. La Suède, les princes protestants de l'Union évangélique et la France signèrent un traité le 1er novembre 1634, qui réglait leur intervention conjointe contre les Habsbourg. Il permit à la France d'occuper aussitôt une grande partie de l'Alsace. La France déclara la guerre à l'Espagne le 19 mai 1635.
Les Français perdirent Corbie le 16 août 1636, au terme d'un très court siège — Louis XIII fit condamner Soyecourt, qui avait donné sans combattre la place aux Espagnols. Corbie fut reprise dès le 10 novembre suivant. La prise de Brisach, le 19 décembre 1638, ôtait aux Impériaux et aux Espagnols le contrôle d'une route stratégique de l'Allemagne vers les Pays-Bas. Le 23 janvier 1641, la Catalogne révoltée faisait de Louis XIII le comte de Barcelone, ce qui constituait une importance victoire sur Philippe IV. Après avoir pris Collioure (13 avril 1642), les Français prirent Perpignan au terme d'un long et cruel siège (23 avril - 9 septembre). Le roi, dont la santé était chancelante, renonça à participer aux opérations militaires, qu'il suivit dès lors depuis Saint-Germain ou Versailles.
Le mariage de Louis XIII fut marqué par la difficulté qu'éprouva le roi à accepter une épouse — il préféra le plus souvent ses amitiés de chasse ou de campagnes militaires que la compagnie d'Anne d'Autriche —, et par les influences que la politique, tant étrangère qu'intérieure, exerça sur les relations des époux royaux. Ainsi, Anne d'Autriche correspondit secrètement durant quatre ans avec l'Espagne — ce que Louis XIII lui pardonna en août 1637 — et fut impliquée dans la conspiration de Chalais — qu'elle dénonça.
L'absence de dauphin compliqua durant tout son règne la tâche de Louis XIII. En 1637, il s'engagea à placer son royaume sous la protection de la Vierge — ce que l'on appelle «le vœu de Louis XIII». Le 5 septembre 1638, au bout de vingt-trois ans de mariage, naquit le dauphin, Louis-Dieudonné, futur Louis XIV.
Après la mort de Richelieu (4 décembre 1642), Louis XIII poursuivit sa politique en faisant entrer Mazarin au Conseil. Voyant sa santé très amoindrie, le roi organisa sa succession ; il reçut une ultime soumission de son frère Gaston le 13 janvier 1643, puis institua un Conseil de régence le 20 avril 1643. Anne d'Autriche était déclarée régente, Mazarin chef du Conseil, le chancelier Séguier, Bouthillier et Chavigny, des créatures de Richelieu, ayant désormais rang de ministres d'État.Louis XIII mourut le jeudi 14 mai 1643, trente-trois ans exactement après son père.