
(Paris, 1773 — Claremont, Angleterre, 1850)
Roi des Français.
Fils du duc d'Orléans, roi des Français de 1830 à 1848, Louis-Philippe est né à Paris en 1773 et mort à Claremont (Grande-Bretagne) en 1850. Devenu duc de Chartres en 1785, il partagea les idées et la conduite de son père dénommé «Philippe Égalité», futur Conventionnel régicide; il adhéra au club des Jacobins en 1790. Après un poste de commandement aux batailles de Valmy et de Jemappes, devenu aide de camp du général Dumouriez, il le suivit dans la trahison, par hostilité à l'égard des Montagnards, après la bataille de Neerwinden, en mars 1793. Il put alors se targuer d'être l'un des fossoyeurs de l'Ancien Régime tout en refusant l'évolution démocratique.
Á la différence des autres émigrés – personnes ayant fui la France au moment de la Révolution de 1789 –, sa vie fut guidée par le souci d'activités. Tour à tour, en Allemagne, en Scandinavie, en Amérique et en Grande-Bretagne à partir de 1801, il essaya vainement de renouer avec la branche aînée des Bourbons. Son mariage avec Marie-Amélie de Bourbon, fille du roi des Deux-Siciles, en 1809, le mit à la tête d'une nombreuse famille (dix enfants, dont deux moururent jeunes).
En 1814, de retour en France, ses biens immenses lui furent restitués. Après les Cent-Jours, ses fréquentations libérales l'obligèrent à rester en Angleterre jusqu'en 1817. De retour en France, se tenant à l'écart du pouvoir, sa résidence du Palais-Royal devint un des rendez-vous de la pensée libérale. Sa simplicité, ses fréquentations bourgeoises, son désir de popularité détonnèrent nettement avec la plupart des nobles. Aussi incarna-t-il, pour beaucoup, la fusion entre la noblesse et la haute bourgeoisie.
Tocqueville, dans son ouvrage Souvenirs paru en 1893, fit de Louis-Philippe ce long panégyrique: «Quoique ce prince fût issu de la race la plus noble de l'Europe, qu'au fond de son âme il en cachât tout l'orgueil héréditaire et ne se crût assurément le semblable d'aucun autre homme, il possédait cependant la plupart des qualités et des défauts qui appartiennent plus particulièrement aux rangs subalternes de la société. Il avait des mœurs régulières et voulait qu'on les eût telles autour de lui. Il était rangé dans sa conduite, simple dans ses habitudes, mesuré dans ses goûts; naturellement ami de la loi et ennemi de tous les excès, tempéré dans tous ses procédés sinon dans ses désirs, humain sans être sensible, cupide et doux; point de passions bruyantes; point de faiblesses ruineuses; point de vices éclatants; une seule vertu de roi, le courage. Il avait une politesse extrême mais sans choix ni grandeur, une politesse de marchand plutôt que de prince. Il ne goûtait guère les lettres ni les beaux-arts, mais il aimait passionnément l'industrie. Sa mémoire était prodigieuse et propre à retenir obstinément les moindres détails. Sa conversation prolixe, diffuse, originale, triviale, anecdotière, pleine de petits faits, de sel et de sens, procurait tout l'agrément qu'on peut trouver dans les plaisirs de l'intelligence quand la délicatesse et l'élévation n'y sont point. Son esprit était distingué, mais resserré et gêné par le peu de hauteur et d'étendue de son âme. Éclairé, fin, souple et tenace; tourné seulement vers l'utile et rempli d'un mépris si profond pour la vérité et d'une si grande incrédulité dans la vertu que ses lumières en étaient obscurcies, et que non seulement il ne voyait pas la beauté que montrent toujours le vrai et l'honnête, mais qu'il ne comprenait plus l'utilité qu'ils ont souvent; connaissant profondément les hommes mais par leurs vices seulement; incrédule en matière de religion comme le XVIIIe siècle et sceptique en politique comme le XIXe siècle; sans croyance lui-même; n'ayant nulle foi dans celle des autres...».
La solution orléaniste apparut, en 1830, comme la seule possibilité d'éviter la République. Nommé lieutenant-général du royaume à la faveur de la Révolution, il fut proclamé roi des Français le 7 août 1830, après une révision de la Charte.
Mettant à profit la division des royalistes, il put imposer progressivement ses positions personnelles. Bien que brocardé par ses adversaires (la caricature de la poire est très célèbre), bien que visé personnellement (attentats, dont celui de Fieschi en 1835), il gouverna le plus souvent par ministres interposés. Venu au pouvoir avec l'appui des libéraux, il se tourna dès 1831 vers le parti de la résistance, préconisant le maintien de l'ordre social, et le conservatisme politique, prônant la paix en Europe, à l'encontre des mouvements révolutionnaires et en alliance avec l'Angleterre. Il résista ainsi aux assauts républicains de juin 1832, aux tentatives légitimistes de la duchesse de Berry, à celles de Louis-Napoléon Bonaparte (1836 et 1840), comme aux insurrections populaires de Lyon et de Paris (1834).Cette politique autoritaire et conservatrice convenait à la grande bourgeoisie: la paix sociale et extérieure lui assurait l'enrichissement; le régime de monarchie parlementaire satisfaisait son attachement au système britannique.
A partir de 1840, il cessa d'être l'arbitre que la révolution avait porté au pouvoir, pour devenir un chef de parti, tout comme l'avait été Charles X. En même temps, son souci de l'intérêt matériel de sa famille nuisit à son prestige. Il s'aliéna ainsi et le peuple, qui ne supportait plus sa bonhomie surfaite, et la bourgeoisie, qui se défia de plus en plus de ses manœuvres. C'est Guizot qui incarna cette chute progressive, puisque leur collaboration, datant de 1840, s'éteignit avec le régime. Louis-Philippe, en vieillissant, devint de plus en plus autoritaire.
La crise du régime s'ouvrit dès 1847. Il fut incapable d'y faire face. Cramponné au seul maintien de l'ordre, il fut balayé par la révolution de 1848. Le 24 février 1848, il abdiqua et s'enfuit en Grande-Bretagne où il finit ses jours.