Napoléon III

(Paris, 1808 — Chislehurst, Kent, 1873)

Empereur des Français (1852-1870).

Troisième fils d'Hortense de Beauharnais, la fille de l'impératrice Joséphine, et du roi de Hollande Louis Bonaparte, le prince Louis-Napoléon est le neveu de Napoléon Ier. À l'époque de sa naissance, ni l'Empereur ni son frère aîné Joseph n'ont d'héritier mâle ; quant à Lucien et Jérôme, ils ont été écartés de la succession par le sénatus-consulte du 28 floréal an XII (18 mai 1804) ; aussi les trois fils d'Hortense sont-ils l'espoir d'une lignée pour l'Empereur, et ils sont élevés dans la perspective de succéder un jour à leur oncle.

Vers un destin impérial ?

La reine Hortense confia l'éducation de Louis-Napoléon à Philippe Lebas, fils du conventionnel robespierriste, élève de l'École normale créée par Napoléon. L'enfant est élevé dans un climat de conspirations, réelles ou supposées, surtout après Waterloo, ce qui développe en lui le goût de l'aventure allié à la certitude d'un destin hors du commun.

A la chute de l'Empire, Hortense établit sa résidence en Suisse, au château d'Arenenberg, puis à Augsbourg où le prince étudie au gymnase. Il effectue également des études militaires et devient capitaine d'artillerie dans l'armée helvétique. La révolution de 1830 est l'occasion d'un sursaut bonapartiste. Mais le prince ne peut regagner la France. En Italie, il participe avec son frère aîné Napoléon-Louis, carbonaro, au soulèvement qui menace la puissance autrichienne, et joue même un rôle lors du siège de Civita Castellana. L'échec de l'insurrection, matée par les Autrichiens, entraîne sa proscription et son départ pour Londres, déguisé en domestique  il doit traverser les lignes autrichiennes avec sa mère. Il est alors le seul fils vivant d'Hortense et de Louis Bonaparte, son dernier frère ayant succombé à Forli, soit des suites d'une rougeole, soit d'un empoisonnement (cette dernière explication étant celle avancée par Louis-Napoléon).

Le duc de Reichstadt étant mort en 1832, Louis-Napoléon devient la figure centrale, et active, du parti bonapartiste, son père et son oncle Joseph ayant renoncé à toute prétention politique.

Il publie en 1833 ses Considérations politiques et militaires sur la Suisse, où il défend certaines des thèses de l'Empereur. Le 30 octobre 1836, il échoue à soulever la garnison de Strasbourg, l'affaire ayant été mal organisée. Il est contraint à s'embarquer pour les États-Unis, mais le procès des conjurés se termine par leur acquittement pur et simple, ce qui ne peut que l'encourager à tenter un nouveau soulèvement. Louis-Napoléon gagne la Grande-Bretagne en 1837, et y compose les Idées napoléoniennes. À la suite d'une nouvelle conjuration, il débarque à Wimereux, petit port du Pas-de-Calais, mais l'entreprise échoue une nouvelle fois de façon pitoyable. Plusieurs conjurés sont blessés ou tués, et Louis-Napoléon est arrêté, condamné à la réclusion perpétuelle, et interné au fort de Ham. Il met à profit sa captivité pour écrire une Histoire de l'artillerie, un ouvrage économique marqué par les idées de Saint-Simon, l'Extinction du paupérisme, ainsi que divers articles qui contribuent à donner du personnage l'image d'un homme sensible aux problèmes sociaux de son époque.

Louis-Napoléon s'évade du fort de Ham en 1846, déguisé avec les habits d'un maçon (le nom de ce dernier, Badinguet, sera à l'origine du futur surnom de l'empereur). Réfugié à Londres, il renonce à tenter un nouveau coup de force, escomptant une occasion favorable de revenir en France. Durant son exil, il se lie avec miss Howard, riche aristocrate, qui put lui apporter un important soutien financier.

La révolution de février 1848 semble lui offrir l'occasion d'un retour rapide. Mais, le jour même de son arrivée à Paris, le 27 février, le Gouvernement provisoire lui enjoint de sortir de France dans les vingt-quatre heures, certains ministres voulant même l'emprisonner. Le 4 juin, depuis Londres, où il s'est réfugié, il apprend son élection à l'Assemblée constituante par quatre départements, dont la Corse et la Seine. Mais il reste en exil et démissionne le 15 juin afin d'éviter que l'Assemblée ne vote contre lui une loi de bannissement.

Cependant, les journées de juin, avec la sévère répression opérée par Cavaignac, accentuent dans l'opinion publique la crainte des socialistes et du désordre en général. Réélu le 17  septembre, cette fois par cinq départements, Louis-Napoléon paraît pour la première fois à l'Assemblée le 26 septembre, après que son élection a été confirmée et que le parti de Cavaignac a renoncé à l'empêcher de siéger. Dès lors, il se pose en candidat des provinces françaises à la présidence de la République, d'autant que ses rivaux Cavaignac, Ledru-Rollin, Raspail et Lamartine sont synonymes, pour la majorité des électeurs, soit de répression violente, soit de péril socialiste. En outre, Louis-Napoléon incarne le mythe napoléonien ; par ses écrits, il a contribué à tracer de l'Empereur l'image du véritable continuateur de l'œuvre administrative et sociale de la Révolution française. Il séduit donc à la fois les paysans, les ouvriers et les possédants, qui voient en lui le seul recours face aux extrémistes. Louis-Napoléon est massivement élu le 10 décembre, avec quelque 5 434 000 voix, contre 1 448 000 à Cavaignac, 370 000 à Ledru-Rollin, 36 000 à Raspail et moins de 18 000 à Lamartine.

Le prince-président

Aussitôt élu, le prince-président doit affronter de multiples problèmes politiques. Il n'est rentré d'exil que depuis peu et découvre les personnages marquants de la vie politique, qui ne lui accordent pas tous leur soutien. Aussi Louis-Napoléon ne peut que composer avec le parti de l'Ordre, avec Odilon Barrot à la tête du ministère et Falloux à l'Instruction publique et aux Cultes, alors que ce dernier est un représentant de la droite ultramontaine. Le prince-président doit compter avec une Assemblée peu docile, qui lui préfère Cavaignac. Aussi, de nouvelles élections sont convoquées, qui ont lieu le 13 mai 1849 et qui marquent une importante poussée conservatrice. Louis-Napoléon mène alors une politique réactionnaire, conforme aux vues de l'Assemblée, et réduit la gauche au silence.

Le prince-président est élu pour quatre ans, mais il se fixe bientôt comme objectif d'obtenir la rééligibilité. Pour cela, il voyage en France, tient des réunions, étend son influence dans les journaux, chez les notables. Il compte aussi sur ses proches : Fialin de Persigny, son demi-frère Morny, Saint-Arnaud,... Louis-Napoléon introduit, en octobre 1850 une demande de révision de la Constitution tout en demandant l'abrogation de la loi du 31 mai 1850 qui restreint le droit de vote. Mais il n'obtient pas les trois quarts des suffrages de l'Assemblée, quorum nécessaire à cette révision constitutionnelle : si 446 députés y sont favorables, 278 votent contre. Durant l'été 1851, Louis-Napoléon se décide à tenter un coup d'État, qu'il ferait approuver par un plébiscite, conforme à sa conception du pouvoir.

La date du coup d'État est fixée au 2 décembre, anniversaire du sacre de l'Empereur et de la victoire d'Austerlitz. Dans la proclamation que Louis-Napoléon fait afficher, il affirme que sa mission « consiste à fermer l'ère des révolutions, en satisfaisant les besoins légitimes du Peuple et en le protégeant contre les passions subversives. Elle consiste surtout à créer des institutions, qui survivent aux hommes, et qui soient enfin des fondations sur lesquelles on puisse asseoir quelque chose de durable ». Les 21 et 22 décembre, le prince-président est largement plébiscité (7 145 000 oui contre 592 000 non). En quelques mois, il peut préparer l'opinion à la restauration de l'empire, obtenue par un nouveau plébiscite le 21 novembre 1852 (plus de 7 800 000 oui contre 253 000 non).

L'empereur

La politique de Napoléon III se confond dès lors avec l'histoire du Second Empire.

Le nouvel empereur se préoccupe de sa descendance. Avant son mariage avec Eugénie de Montijo, en 1853, Napoléon III avait fait des descendants de Jérôme Bonaparte ses successeurs au trône impérial. Mais l'impératrice lui donne un fils en 1856, Eugène Louis Napoléon, qui trouvera la mort en Afrique australe en 1879, en combattant les Zoulous sous l'uniforme britannique.

En 1858, l'attentat manqué du patriote italien Orsini contribue à rappeler à Napoléon III ses engagements passés pour l'unification de l'Italie. Mais l'empereur pratique une politique contradictoire, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, oscillant entre les diverses tendances sans toujours opérer des choix clairs. La plus étonnante entreprise du souverain est sans doute l'expédition du Mexique, que l'on peut attribuer chez lui à la fois à une politique de conquête et de prestige, et à un rêve inspiré des idées saint-simoniennes de mise en valeur de terres nouvelles.

Après le désastre de Sedan, Napoléon III capitule le 1er septembre 1870. Il est fait prisonnier par les Prussiens, interné au château de Wilhelmshöhe, près de Kassel, et l'Empire disparaît du même coup, malgré les dispositions constitutionnelles prises les années précédentes. Louis-Napoléon, déchu le 4 septembre, s'exila en Grande-Bretagne, à Chislehurst, où il mourut en 1873.

Sa personnalité fut stigmatisée par Victor Hugo, qui le surnomma Napoléon le Petit, ou encore Badinguet. Le fait que son régime soit né d'un coup d'État  le « 18 Brumaire de Louis Bonaparte » selon Marx  et se soit achevé par un désastre militaire contribuèrent à en donner une image terne et médiocre. L'œuvre économique accomplie durant les dix-huit années de son règne invite cependant à nuancer aujourd'hui le jugement sans appel de ses contemporains.