
Roi de France (Paris, 1165 — Mantes, 1223)
Roi de France jusqu'en 1223, Philippe II succède à son père, Louis VII, le 19 septembre 1180, mais il avait été couronné et exerçait le pouvoir depuis 1179. Il fut le premier souverain capétien à concevoir sa fonction aux dimensions de la France.
Le règne de Philippe Auguste est essentiel pour le devenir de la France. L'adolescent émotif monté à quinze ans sur le trône, que l'on croyait perdu à son retour de croisade (il était malade, névrosé, borgne), est devenu un grand chef d'État; son royaume, encore peu développé en 1180, va devenir, sous son règne, la principale puissance européenne.
Rigord, son biographe, l'a surnommé Auguste, parce que, dit-il, il a quadruplé le domaine royal. Il s'agit bien du fait majeur du règne. Au nord, le Valois, l'Amiénois, le Vermandois, l'Artois, qui séparaient le domaine de la Flandre, sont rattachés à la couronne. C'est à l'ouest que le gros œuvre est accompli au cours de l'éprouvante lutte contre les Plantagenêts. Exploitant tour à tour les discordes familiales de la fin du règne de Henri II, l'hostilité de Jean contre son frère Richard Cœur de Lion, enfin la médiocrité et l'isolement croissant de Jean sans Terre, Philippe parvient, après maintes péripéties, à s'emparer de la Normandie en 1204, puis de l'Anjou et du Poitou. À Bouvines en 1214, il remporte un succès éclatant sur la coalition formée par Jean et l'empereur Otton, ce qui assure définitivement ses conquêtes. Il s'est désintéressé du Midi, laissant son fils et les chevaliers français agir dans les croisades contre les albigeois, sans grand succès, d'ailleurs, du vivant de Philippe.
Après la mort (1190) de sa première femme, Isabelle de Hainaut (avec laquelle il s'était marié en 1180), Philippe épouse Isambour (ou Ingeburge) de Danemark (1193); une aversion maladive la lui fait répudier aussitôt. Il obtient le divorce d'une assemblée d'évêques complaisants et fait enfermer Isambour dans un couvent. En 1196, il se marie avec Agnès de Méran: c'est l'occasion d'un très vif conflit avec le pape Innocent III, qui, sitôt monté sur le trône de saint Pierre, lui enjoint de se séparer de sa «concubine» et de reprendre son épouse légitime. Philippe refusant, le pape l'excommunie et jette l'interdit sur le royaume en 1200. Un accommodement intervient ensuite, facilité par la mort d'Agnès en 1201. Mais c'est seulement en 1213 qu'Isambour sort du couvent pour reprendre sa place de reine à la cour de France.
Agrandissement du domaine, mais aussi mainmise renforcée sur lui, et donc sur le royaume: Philippe utilise à fond les ressources du droit féodal pour rassembler les multiples réseaux vassaliques en une pyramide qui converge vers la personne du roi. Son règne est pleinement celui de la monarchie féodale, réalisée déjà depuis un siècle en Angleterre. Mais Philippe va au-delà et jette les fondements de la monarchie administrative de la fin du XIIIe siècle.
L'extension du domaine amène Philippe à multiplier les points d'appui du pouvoir royal: sauvegarde sur les églises; protection des bourgs et villages; multiplication des chartes de communes (il ne s'agit pas pour Philippe de former une alliance entre la monarchie et la bourgeoisie contre la féodalité, mais d'obtenir des ressources financières régulières, de s'assurer des appuis et de se décharger sur les villes de l'entretien des murailles); implantation de solides châteaux forts aux endroits stratégiques. Enfin, et c'est la rupture la plus nette avec le système féodal, il organise, pour administrer le domaine et faire pénétrer partout la justice royale, une nouvelle institution: les baillis, créés sur le modèle des shérifs anglais; ce sont de véritables fonctionnaires, salariés, révocables, capables de se faire respecter des seigneurs les plus puissants.
Le surnom d'Auguste évoque aussi Rome et l'Empire. Non que Philippe ait songé à le revendiquer, même après Bouvines; simplement, le surnom témoigne de la prise de conscience de la puissance du roi, souvenir le plus prestigieux d'Occident, qui n'admet la tutelle d'aucun autre pouvoir: il annonce la célèbre formule de la fin du XIIIe siècle, «le roi est empereur en son royaume». Cette puissance est étayée par l'affirmation de la filiation carolingienne du Capétien (sa mère, Adèle de Champagne, est une Carolide); le véritable héritier de Charlemagne est le Capétien, et non l'empereur germanique. Dans le même but, Philippe suscite le développement de la propagande royale par l'histoire. Un effort historique important marque le règne: l'abbaye de Saint-Denis écrit l'histoire officielle; Rigord, Guillaume le Breton se sont faits les panégyristes du roi, le second travaillant à la cour même. Contrairement à tous ses prédécesseurs capétiens, Philippe Auguste ne fit pas couronner et sacrer son fils Louis VIII de son vivant. Il ne s'agit pas d'un oubli; le sentiment que la dynastie était désormais solidement établie rendait inutile cette précaution. Cela démontre l'importance de ce règne.
A sa mort, en juillet 1223, les funérailles royales sont organisées pour la première fois selon une mise en scène qui ne variera plus guère jusqu'au XVIe siècle, et qui insiste sur le prestige de la fonction royale.